(Montréal) La Banque Laurentienne deviendra la première grande banque au pays à être dirigée par une femme, l’ex-cadre de la Banque Scotia Rania Llewellyn, malgré le fait qu’elle réside à Toronto, loin du siège social montréalais de l’institution financière.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

À compter du 30 octobre, celle-ci prendra la relève de Stéphane Therrien, qui assumait l’intérim à la tête de la septième banque en importance au pays depuis le départ à la retraite de François Desjardins, annoncé en juin dernier.

M. Therrien reprendra ses fonctions de vice-président directeur des services aux entreprises et particuliers.

« (Mme) Llewellyn apprendra le français, a indiqué dans un courriel la porte-parole de la Laurentienne, Hélène Soulard, en réponse à des questions sur ce sujet. Elle est déjà inscrite à ses cours de français. Elle réside à Toronto avec sa famille. Elle passera une grande partie de son temps à Montréal chaque mois. »

La nouvelle présidente de la Laurentienne n’était pas disponible pour accorder des entrevues, mardi, a précisé Mme Soulard,

Celle-ci n’a pas précisé non plus les critères évalués par le comité spécial mis sur pied par le conseil d’administration dans le cadre du processus visant à recruter la personne qui aura pour mandat de poursuivre ou modifier le plan de transformation présenté en 2016 par M. Desjardins – qui demeurait également à Toronto.

Dans le secteur financier, Monique Leroux avait été nommée à la présidence du Mouvement Desjardins – un groupe coopératif et non une banque – en 2008.

Des défis

À la Banque Scotia, Mme Llewellyn a progressivement gravi les échelons après avoir été caissière à temps partiel. Elle avait récemment quitté son poste de vice-présidente à la direction, paiements mondiaux pour entreprises. Mme Llewellyn a aussi dirigé le bureau de la diversité et de l’inclusion à la Scotia.

Elle arrive à la tête de la Laurentienne alors que la pandémie de COVID-19 s’est ajoutée aux défis auxquels la banque, qui avait sabré son dividende de 40 % au printemps, était déjà confrontée.

Sous la gouverne de M. Desjardins, la taille du réseau de succursales de la banque avait fondu, passant de 150 à une soixantaine. Des services au comptoir ont été abandonnés au profit des services-conseils. Les relations avec le syndicat se sont également grandement détériorées lors de la dernière négociation du contrat de travail.

L’empreinte géographique s’est également transformée. L’an dernier, 45 % des prêts de la Laurentienne émanaient du Québec, par rapport à 58 % en 2015.

D’un bon œil

Dans une déclaration, la section locale 434 du Syndicat des employés professionnels et de bureau (affilié à la FTQ), qui représente quelque 600 salariés de la Laurentienne, s’est montrée prudente.

« C’est certain qu’on aurait aimé avoir une ou un chef de la direction à Montréal, mais la distance n’est pas un frein au rétablissement d’un dialogue positif avec le syndicat, a fait valoir la présidente Julie Tancrède. Nous voyons d’un bon œil l’arrivée d’une femme au poste de présidente, surtout que la majorité de nos membres sont des femmes. »

Pour sa part, Gabriel Dechaine, de la Financière Banque Nationale, a accueilli positivement le choix de la banque.

« Nous croyons que la Laurentienne avait besoin d’un nouveau visage pour tourner la page sur des années où la performance n’a pas été au rendez-vous et marquées par des problèmes opérationnels (comme les irrégularités entourant les prêts hypothécaires et les négociations syndicales longues et difficiles) », a écrit l’analyste.

Née au Koweït, Mme Llewellyn a immigré d’Égypte au Canada en 1992 après la guerre du Golfe. Elle est titulaire d’un baccalauréat en commerce, d’un MBA et d’un doctorat honorifique de l’Université Saint Mary’s.

À la Bourse de Toronto, mardi, l’action de la Laurentienne a pris quatre cents pour clôturer à 26,36 $, en hausse de 4 cents – un niveau qui demeurait loin de son sommet des 52 dernières semaines de 46,66 $.