Une société immobilière appartenant à La Baie d’Hudson et Ivanhoé Cambridge fait face à un recours judiciaire aux États-Unis en raison du défaut de paiement allégué d’un prêt de 846,2 millions US (1,12 milliard CAN).

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse

Ivanhoé Cambridge détient 11 % de HBS Global Properties grâce à un investissement de 250 millions US, tandis que La Baie d’Hudson en est le principal actionnaire, à hauteur de 63 %.

Wilmington Trust, une société de gestion d’actifs et de fiducie qui travaille pour le prêteur, demande aux tribunaux de la Floride le droit d’exercer ses garanties. En clair, elle veut vendre les actifs immobiliers de HBS Global Properties afin d’être remboursée.

HBS possède des dizaines de propriétés aux États-Unis. Celles-ci sont louées aux détaillants de vêtements Saks Fifth Avenue (détenu par La Baie d’Hudson) et Lord & Taylor. Cette enseigne appartenait aussi à La Baie d’Hudson. Vendue à Le Tote en 2019, elle est aujourd’hui en faillite et s’apprête à fermer ses portes pour de bon.

Le prêt substantiel au cœur du litige a été accordé en 2015 par un syndicat bancaire composé de JPMorgan Chase, Column Financial and Bank of America pour 34 immeubles dispersés dans 15 États, apprend-on dans une autre poursuite déposée en mai aux États-Unis contre La Baie d’Hudson (HBC).

Wilmington Trust allègue que HBS ne l’a pas remboursée depuis le 1er avril. La poursuite a été déposée le 5 octobre, en Floride, où l’histoire a d’abord été dévoilée par le South Florida Business Journal.

La porte-parole de HBC, Nicole Schoenberg, a indiqué à La Presse que HBS n’avait « pas perçu de loyers depuis avril 2020, puisque ses locataires, comme la plupart des autres détaillants non essentiels aux États-Unis, ont fermé leurs emplacements physiques en raison de la pandémie mondiale ». En conséquence, ajoute-t-elle, « comme beaucoup d’autres emprunteurs immobiliers, HBS n’a pas payé le service de la dette ».

Une mise de 250 millions US pour Ivanhoé Cambridge

HBS (pour Hudson’s Bay Simon) est une coentreprise créée par La Baie d’Hudson et le géant Simon Property, propriétaire de nombreux centres commerciaux.

La filiale immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Ivanhoé Cambridge, y a investi près de 330 millions CAN (au taux de change actuel), en 2015, au même moment que Madison International Realty et « un important fonds de retraite américain ».

Lors de ces transactions, le grand patron de HBC, Richard Baker, s’était réjoui de l’arrivée d’actionnaires qui « apportaient avec eux une expertise significative en investissement immobilier ». Il souhaitait alors diversifier les actifs de HBS afin qu’ils soient loués à d’autres entreprises que les siennes, ce qui ne s’est jamais concrétisé.

L’apport d’Ivanhoé Cambridge lui a valu un siège au conseil d’administration. L’identité de son représentant actuel aux rencontres de HBS est « confidentielle », nous a indiqué la porte-parole Katherine Roux Groleau.

Aujourd’hui, la mise de 250 millions US (près de 330 millions CAN) est-elle à risque de disparaître totalement ou partiellement si les tribunaux donnent leur aval à une vente d’actifs ?

« Il n’y a pas de perte. Depuis 2015, l’investissement dans HBS a généré un bon retour sur l’investissement et nous avons depuis récupéré la mise de fonds initiale, notamment avec la vente des actifs immobiliers en Allemagne », a répondu Mme Roux Groleau, en référence aux magasins Galeria Kaufhof vendus en 2019.

Même si un profit a été encaissé, Ivanhoé Cambridge détient encore 11 % de HBS, une participation dont la valeur actuelle et future est inconnue.

HBS préfère agir de « manière amicale »

Du côté de HBC, les procédures judiciaires intentées par Wilmington Trust aux États-Unis « n’ont aucun impact » sur les activités des magasins Saks Fifth Avenue, dit-on. En outre, aucun actif au Canada ne garantirait le prêt accordé par le syndicat bancaire.

« HBS est déçue que, dans le contexte d’une crise sanitaire mondiale, les prêteurs choisissent le litige plutôt que la coopération. Cela dit, HBS reste déterminée à résoudre les problèmes avec ses prêteurs de manière amicale », nous a écrit la porte-parole de HBC, Nicole Schoenberg.

Pour le plus ancien détaillant du Canada, le recours déposé en Floride s’ajoute à ceux intentés au Québec ces dernières semaines.

Dans la province, trois bailleurs, représentant six centres commerciaux, poursuivent le détaillant pour non-paiement de ses loyers depuis avril. Il s’agit d’Oxford (Galeries de la Capitale, Promenades Gatineau) pour 2,3 millions, Cominar (Mail Champlain, Centre Rockland et Centre Laval) pour 33 millions et Dorval Property Corporation (Les Jardins Dorval) pour près de 660 000 $.

« Malheureusement, Oxford et Cominar ne sont pas disposés à travailler avec nous sur une résolution équitable. Dans cette situation, nous attendons avec impatience que le système judiciaire détermine ce qui est juste et raisonnable pour toutes les parties », nous avait écrit HBC à ce sujet.