La famille Audet rejette l’offre bonifiée d’Altice-Rogers

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Il semble de plus en plus clair que ce n’est pas une question d’argent pour la famille Audet. Louis Audet a rapidement rejeté, dimanche soir, l’offre hostile bonifiée sur Cogeco dévoilée quelques heures plus tôt par le tandem Altice USA-Rogers.

« Puisque que Rogers et Altice ne semblent pas comprendre, nous réitérons aujourd’hui que ce n’est pas une stratégie de négociation, mais un refus définitif. Nous ne sommes pas intéressés à vendre nos actions », a fait savoir dans une déclaration Louis Audet, président de Gestion Audem, société de portefeuille de la famille Audet.

En vertu de ses actions à droit de vote multiple, Gestion Audem détient 69 % des votes chez Cogeco et 83 % du côté de Cogeco Communications.

Conjointement avec Rogers, Altice USA a présenté en fin de journée dimanche une proposition révisée pour Cogeco et sa principale filiale dont la valeur passe de 10,3 milliards à 11,1 milliards. Cette nouvelle offre valorise la participation de la famille Audet à 900 millions, soit 100 millions de plus que la première fois.

Altice USA et Rogers proposent désormais 123 $ pour chaque action subalterne restante de Cogeco, contre 106,53 $ initialement, et 150 $ pour chaque titre de Cogeco Communications, comparativement à 134,22 $ auparavant. L’action de Cogeco a terminé la dernière semaine à 84,76 $ à Toronto, alors que celle de Cogeco Communications se négociait à 103,50 $.

« Tel que nous l’avons fait le 2 septembre, à la suite de l’annonce de leur première proposition non sollicitée, les membres de la famille Audet rejettent unanimement cette nouvelle proposition », insiste Louis Audet, qui est également président exécutif du conseil de Cogeco.

Rogers, qui détient respectivement 41 % et 33 % des actions avec droit de vote subalterne de Cogeco et de Cogeco Communications, est un actionnaire de longue date de Cogeco. Dans sa déclaration, Louis Audet rappelle que Rogers a « librement choisi d’accumuler des actions dans les sociétés, en toute connaissance de cause. La famille Audet regrette que la décision d’allocation du capital de Rogers cause une telle angoisse à la famille et au conseil d’administration de Rogers ».

Il précise que le « rôle d’intendance que la famille Audet a exercé pour les entreprises au cours des 63 dernières années a permis aux sociétés de croître et de prospérer ».

« Aujourd’hui, Cogeco jouit d’une position unique et enviable en tant que seule entreprise de services à large bande ayant une présence significative au Canada et aux États-Unis. De plus, l’évolution du prix des actions et des résultats d’exploitation des entreprises de Cogeco dépasse largement ceux de Rogers ou d’Altice », dit Louis Audet.

Vers une offre finale ?

Il a fallu 46 jours à Rogers et Altice pour bonifier leur proposition du 2 septembre, mais cette deuxième ronde semblait inévitable. Elle arrive juste avant les résultats trimestriels de Rogers, prévus jeudi, et avant les résultats de fin d’exercice de Cogeco, la semaine prochaine, commente Adam Shine, de la Banque Nationale.

Cet analyste s’attend maintenant à ce que les conseils d’administration de Cogeco et de Cogeco Communications rejettent à leur tour l’offre bonifiée durant la journée lundi.

Pour l’expert en gouvernance et ex-directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques Michel Nadeau, la nouvelle mouture de la proposition ne constitue pas un « changement majeur ».

Si Rogers et Altice avaient voulu ébranler [la famille et les conseils d’administration], ils auraient offert beaucoup plus. En proposant 13 milliards ou 14 milliards, peut-être que ça aurait été différent.

Michel Nadeau, expert en gouvernance

La direction de Rogers a répété dans les dernières semaines qu’elle était patiente et engagée dans un marathon. Le 42e kilomètre approche peut-être, car une forme d’ultimatum accompagne l’offre bonifiée présentée dimanche. Altice soutient que si elle est incapable d’en arriver à une entente d’ici le 18 novembre ou n’entrevoit pas la possibilité de conclure une transaction, l’offre révisée sera retirée.

La présentation éventuelle d’une « offre finale » n’est pas à exclure, croit toutefois Adam Shine. Advenant une telle éventualité, il s’attend à ce qu’elle inclue 1 milliard de dollars pour la famille Audet et un prix par action de 160 $ (plus ou moins 5 $) pour les actionnaires de Cogeco Communications.

« Est-ce que ça serait suffisant ? C’est loin d’être certain », souligne-t-il dans une note minute publiée dimanche soir juste avant de connaître la réponse de la famille Audet à l’offre bonifiée.

Partage des actifs

La mécanique de l’offre d’Altice et Rogers prévoit un partage des actifs de Cogeco et de sa principale filiale. Atlantic Broadband, désormais valorisée à 5,1 milliards et dans laquelle la Caisse de dépôt et placement détient une participation de 21 %, se retrouverait dans le giron de l’entreprise américaine. Les activités canadiennes seraient revendues à Rogers. La nouvelle offre leur confère une valeur de 6 milliards.

En complément de la présentation de la proposition révisée dimanche, le PDG de Rogers, Joe Natale, a tenu à souligner que l’offre « apporte une valeur ajoutée importante pour tous les actionnaires et maintient notre engagement à investir trois milliards de dollars canadiens au cours des cinq prochaines années au Québec, y compris le maintien de la marque Cogeco et du siège social de Cogeco au Québec ».

« Nous encourageons les conseils d’administration de Cogeco à agir dans l’intérêt supérieur de tous les actionnaires et de toutes les parties prenantes qui étudient attentivement cette offre et nous demandons respectueusement aux conseils d’administration de discuter avec nous de notre proposition », a fait valoir, de son côté, le chef de la direction d’Altice USA, Dexter Goei.

Si le duo Altice-Rogers devait jeter l’éponge, Rogers devra décider si elle conserve ou non ses actions de Cogeco et de sa principale filiale.

– Avec La Presse Canadienne