La nouvelle convention d’arrangement entre Air Canada et Transat prévoit explicitement que des réductions de personnel devront être effectuées chez Transat avant la clôture de la transaction, à laquelle continue de s’intéresser Pierre Karl Péladeau.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Après réception [des autorisations réglementaires] et la confirmation de l’acheteur que les conditions ont été remplies […], un plan de réduction de la main-d’œuvre sera établi, à la lumière de l’impact de la pandémie de COVID-19, que [Transat] devra annoncer publiquement et mettre en œuvre avant la clôture […] », peut-on lire à l’article 4.2 (4) de la version anglaise de la convention. La version française n’a pas encore été rendue publique.

Selon le vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques de Transat, Christophe Hennebelle, cette nouvelle clause est à lier à une annonce faite par Transat il y a un peu plus d’un mois, à l’occasion du dévoilement de ses derniers résultats trimestriels.

Le transporteur avait alors dit craindre de devoir rendre permanentes jusqu’à 2000 des quelque 3250 mises à pied temporaires qu’elle a jusqu’ici effectuées. Elle avait alors expliqué que cette prévision était basée sur l’évolution de la demande et sur la réglementation, qui limitait la période de temps pendant laquelle des mises à pied pouvaient être considérées comme temporaires.

« Transat s’attend de toute façon à devoir faire des mises à pied », a rappelé M. Hennebelle jeudi. « Ça pourrait être plus, ça pourrait être moins. »

Selon lui, la nouvelle clause de la convention d’arrangement ne peut s’appliquer qu’à des réductions attribuables à la COVID-19 et ne pourrait, par exemple, être utilisée pour forcer Transat à éliminer des postes qui deviendraient redondants au sein d’Air Canada. De telles réductions sont généralement inévitables dans des contextes de fusion.

« C’est un plan de réduction lié à la COVID-19, c’est ce qui est écrit. »

Il a été impossible jeudi de joindre la porte-parole d’Air Canada à ce sujet.

« Ponce Pilate »

La clause n’a pas échappé à l’œil de Pierre Karl Péladeau. Le patron de Québecor, qui avait manifesté son intérêt pour Transat l’an dernier, dit toujours « analyser le dossier », ce qui l’a d’ailleurs mené à lire la nouvelle convention d’arrangement, et la clause 4.2 (4).

M. Péladeau a multiplié les attaques contre Air Canada depuis le début de ce dossier et il a remis ça hier, en entrevue avec La Presse, accusant l’entreprise de forcer Transat à effectuer elle-même les réductions de postes pour s’en laver les mains.

« Ils sont comme Ponce Pilate, ils demandent à Transat de se faire hara-kiri elle-même. »

Selon M. Péladeau, il ne fait aucun doute que « les Québécois vont payer pour » si la transaction devait se conclure, en raison de la diminution de la concurrence qu’elle entraînerait.

« Quand Vidéotron est arrivée sur le marché du sans-fil, les prix ont baissé au Québec. Quinze ans plus tard, c’est encore vrai, les prix sont plus bas au Québec qu’ailleurs au Canada et tout le monde s’entend pour dire que c’est à cause de la concurrence de Vidéotron. Bell et Air Canada, c’est blanc bonnet, bonnet blanc, les Québécois vont payer pour. »