(Montréal) Le chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu, prendra sa retraite l’année prochaine après avoir piloté la société pendant plus d’une décennie, et le numéro 2 de longue date de la ligne aérienne héritera de son rôle, alors que l’industrie fait face à une crise sans précédent.

Christopher Reynolds
La Presse Canadienne

Michael Rousseau, chef de la direction adjoint et directeur financier d’Air Canada, prendra les commandes à compter du 15 février, lorsque M. Rovinescu quittera ses fonctions.

M. Rousseau, âgé de 61 ans, est chef de la direction adjoint de l’entreprise montréalaise depuis décembre 2018 et directeur financier d’Air Canada depuis 2007.

M. Rovinescu, âgé de 65 ans, est devenu le grand patron de l’entreprise en 2009, alors que la Grande Récession faisait des ravages sur le marché mondial du voyage.

Sa relation avec Air Canada remonte cependant à beaucoup plus loin. Partenaire de longue date du cabinet d’avocats montréalais Stikeman Elliott, M. Rovinescu a travaillé avec la ligne aérienne en tant que conseiller externe principal lors de sa privatisation en 1988 et a joué un rôle essentiel dans le combat du transporteur contre une offre publique d’achat hostile présentée en 1999 par Onex.

Son mandat de quatre ans en tant que responsable du développement et de la stratégie d’entreprise du transporteur, à partir de 2000, l’a vu jouer le rôle de chef de la restructuration lors de son passage devant le tribunal de la faillite en 2003.

Un rendement de 5900 % pour l’action

Depuis son accession au poste de chef de la direction, il a permis à l’entreprise d’afficher une rentabilité constante, en concluant des conventions collectives à long terme, en lançant la filiale à bas prix Rouge et en propulsant les revenus d’Air Canada vers de nouveaux sommets de 19,13 milliards l’an dernier.

Les actions d’Air Canada allaient devenir les actions les plus performantes de la Bourse de Toronto au cours des 10 ans que M. Rovinescu a passés à la barre de l’entreprise. Le titre affichait un rendement de plus de 5900 % sur cette période, soit jusqu’à la fin de 2019.

M. Rovinescu a été largement récompensé pour son succès, profitant d’une rémunération de 12,87 millions en 2019. Il a également droit à une pension annuelle de près de 800 000 $, bien qu’il ait accepté de renoncer à son salaire de 1,4 million à compter du 1er avril 2020 en raison de la pandémie.

À l’aube de 2020, la compagnie aérienne occupait une place dominante sur le marché canadien, soutenue par des profits et des liquidités appréciables.

« Sous la direction de M. Rovinescu, Air Canada est devenue l’une des compagnies aériennes de réseau les plus solides au monde dont le cours de l’action, jusqu’à la COVID-19, affichait une performance exceptionnelle », a affirmé l’analyste Doug Taylor, de Canaccord Genuity, dans une note aux investisseurs.

Mais tout a basculé en quelques mois.

La pandémie de COVID-19 a dévasté le secteur aérien mondial et les revenus passagers d’Air Canada ont diminué de 95 % au deuxième trimestre. La perte de revenus a entraîné 20 000 mises à pied et Air Canada brûlait 19 millions par jour — une situation qui ne s’est pas beaucoup améliorée au cours des derniers mois.

La compagnie aérienne est également confrontée à la frustration de milliers de clients qui ont vu leurs vols annulés en raison de la pandémie du coronavirus, et qui se sont généralement fait offrir des crédits pour de futurs voyages plutôt que des remboursements.

L’industrie aérienne du Canada continue de demander un allégement sectoriel au gouvernement fédéral, qui a plutôt orienté les entreprises vers des programmes plus larges comme celui de la subvention salariale d’urgence du Canada.

Cela dit, le redressement supervisé par M. Rovinescu a fait en sorte qu’Air Canada disposait de 7,4 milliards en espèces avant l’épidémie, ce qui lui conférait une meilleure position de liquidité que n’importe quel des quatre plus grands transporteurs américains.

Un remplaçant expérimenté

L’arrivée de M. Rousseau à la tête d’Air Canada est perçue comme un changement dans la continuité.

« Le départ à la retraite d’un leader avec le bilan que M. Rovinescu a établi serait normalement considéré comme négatif. Cependant, son successeur, M. Rousseau, a été un élément clé de la stratégie susmentionnée », a souligné M. Taylor.

Le rôle joué par M. Rousseau dans le changement de la trajectoire financière de l’entreprise est généralement considéré comme important. Celui-ci a notamment augmenté la marge bénéficiaire du transporteur, contribué à la hausse du cours de son action et redressé son régime de retraite, qui est passé d’un déficit de 3,7 milliards en 2013 à un excédent de 2,6 milliards en 2019.

Avant de monter à bord d’Air Canada à l’aube de la crise financière de 2008-2009, M. Rousseau a perfectionné ses compétences en tant que directeur financier de la Compagnie de la Baie d’Hudson entre 2001 et 2006, année à laquelle le détaillant a été vendu pour 1,1 milliard à Jerry Zucker, un homme d’affaires milliardaire de la Caroline du Sud.

Précédemment, M. Rousseau a occupé des postes de direction financière chez Moore, Silcorp et United Cigar Stores, où il est devenu directeur financier à l’âge de 30 ans.

Diplômé en administration des affaires de l’Université York en 1981, M. Rousseau a débuté sa carrière en comptabilité chez Deloitte Haskins & Sells (aujourd’hui Deloitte Canada), et est brièvement passé chez le géant des pièces automobiles Magna International.