(Toronto) Le président et chef de la direction de Cineplex affirme que la plus grande chaîne de cinémas du pays est prête à se montrer « souple et agile » face à des défis commerciaux historiques et à des restrictions imprévisibles liées à la pandémie de COVID-19.

David Friend
La Presse Canadienne

Ellis Jacob a déclaré aux investisseurs mardi, lors de l’assemblée annuelle de la société diffusée sur le web, que les dirigeants « apporteraient les changements nécessaires » pour passer à travers les six à douze prochains mois, qui pourraient être marqués par des fermetures temporaires en raison du virus, par des retards dans le lancement des films hollywoodiens et par le détournement de certains titres vers des services de diffusion en continu.

Mais M. Jacob a également déploré la décision du gouvernement de l’Ontario de forcer la fermeture de 22 des 68 établissements de Cineplex dans la province à moins d’un jour de préavis pendant la fin de semaine de l’Action de grâce.

La province a resserré ses restrictions liées à la COVID-19 dans divers lieux de rassemblement – dont les salles d’entraînement, les restaurants, les casinos et les cinémas – pendant au moins 28 jours à Toronto, à Ottawa et dans la région de Peel.

Le PDG a jugé cette décision inéquitable pour les exploitants de salles de cinéma qui ont mis en place des horaires décalés et des mesures de distanciation pour répondre aux exigences sanitaires. Il a souligné que Cineplex n’avait connu aucune éclosion de COVID-19 dans ses salles depuis leur réouverture cet été.

« Quand nous regardons les cinémas en général, cela ne pose tout simplement pas le même risque que les autres services et rassemblements en salle », a-t-il estimé. « Les cinémas sont fondamentalement différents de tout autre environnement de vente au détail ou de restauration. »

Le récent renforcement des mesures sanitaires a également contraint Cineplex à fermer 17 autres établissements au Québec plus tôt ce mois-ci, ainsi que deux au Nouveau-Brunswick.

M. Jacob a reconnu qu’il y avait encore des risques que l’entreprise soit obligée « de fermer des salles à certains moments » au cours des prochains mois, mais il s’attend à ce que ce soit « sur une base limitée ».

Les nouvelles restrictions imposées en Ontario ont empêché Cineplex d’organiser son assemblée annuelle en personne dans l’un de ses cinémas de Toronto, un évènement qui se voulait un geste symbolique de confiance envers le secteur de la production cinématographique du Canada, qui a encaissé de nouveaux coups la semaine dernière.

Reports et sorties sur le web

Au-delà de la fermeture temporaire de certains cinémas, les exploitants ont également été confrontés à un autre report de la sortie du plus récent film de James Bond jusqu’à l’année prochaine, et à la décision de Disney d’abandonner la sortie en salles en novembre de « Soul » de Pixar au profit de sa plateforme de diffusion en continu Disney Plus.

M. Jacob a expliqué que pour faire face à ces revers, Cineplex avait mis plusieurs mesures sur la table, notamment des réductions possibles des coûts de location et de nouvelles réductions des coûts de main-d’œuvre.

« Ce qui reste clair en discutant avec beaucoup de nos studios partenaires, c’est qu’ils sont déterminés à sortir leurs films en salles et reconnaissent que c’est essentiel au succès financier à long terme d’un film », a-t-il affirmé.

Cineplex espère convaincre les cinéphiles que retourner voir des films en salle est une activité à faible risque au Canada, pour contrer les messages venant du sud de la frontière où les cinémas de New York et de Los Angeles restent pour la plupart fermés.

L’absence de ces principaux marchés américains a rendu la plupart des studios hollywoodiens réticents à lancer leurs plus grands titres où que ce soit, ce qui a intensifié un effet en cascade dans toute l’industrie.

La décision de Regal Cinemas de fermer temporairement la plupart de ses établissements aux États-Unis plus tôt ce mois-ci en raison d’un manque de films à succès semble avoir créé un effet d’entraînement qui pousse les studios à conserver leurs films les plus attendus jusqu’à ce que les restrictions liées à la COVID-19 soient assouplies.

Cineplex espère surmonter la pénurie de grands titres avec quelques sorties en salles exclusives, qui ont jusqu’à présent inclus le plus récent film de la série « Bob l’éponge » de Paramount et le prochain film The Witches de Warner Bros, qui devrait sortir dans les salles au Canada peu avant sa diffusion sur la plateforme HBO Max aux États-Unis.

Mais au cours des prochains mois, Cineplex sera dépendant du calendrier des sorties à Hollywood, qui ne cesse de changer.

Le report de la sortie du plus récent James Bond, No Time to Die, a provoqué une baisse importante du cours de l’action de la société, qui a chuté de près de 30 % après l’annonce de vendredi. Plusieurs analystes ont revu à la baisse le titre à la suite de cette décision, invoquant des inquiétudes quant à la hausse des niveaux d’endettement.

Cineplex fait également face aux retombées de la décision de l’exploitant de films britannique Cineworld Group PLC de renoncer le 12 juin à un accord de 2,8 milliards pour acheter la société. Cineplex a intenté une action en justice contre son ancien prétendant au sujet de l’échec de l’accord ; les procédures judiciaires devraient commencer en septembre 2021, selon l’entreprise canadienne.