Après un printemps marqué par des fermetures forcées et un été plein de défis, les détaillants craignent maintenant le temps des Fêtes. Non seulement Postes Canada admet que le volume de colis à livrer pourrait dépasser ses capacités, mais le froid, la possible absence de grosses fêtes familiales et l’incertitude économique pourraient aussi ralentir l’ardeur des consommateurs.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Va-t-on s’acheter autant de vêtements pour célébrer Noël et le jour de l’An si l’on doit rester à la maison et fêter devant un écran ? Aurons-nous envie de faire la queue, dehors à -15 °C, pour acheter des cadeaux ? Les cadeaux devront-ils être achetés à la fin du mois d’octobre pour être reçus à temps ?

C’est le genre de questions qui préoccupe actuellement les détaillants.

Mais ce ne sont évidemment pas les seules. La situation est si peu banale que le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) a créé un comité spécial sur le magasinage des Fêtes. Une quinzaine de détaillants y discutent des enjeux, cherchent des solutions et concertent leurs efforts, a confié à La Presse le directeur général du CQCD, Stéphane Drouin.

« La période des Fêtes suscite beaucoup d’incertitude, soutient-il. On navigue à vue. C’est très difficile pour les détaillants de prendre des décisions. L’environnement est mouvant. »

Après la première réunion du comité, « tout le monde s’entendait pour dire qu’il fallait aplatir la courbe d’achalandage dans les commerces ». Une expression empruntée au DHoracio Arruda qui en dit long. Normalement, les détaillants travaillent plutôt d’arrache-pied pour stimuler un achalandage maximum… chaque jour !

Mais cette année, étaler l’achalandage dans le temps permettra de raccourcir les files d’attente dehors, au froid. « Si ce n’est pas bien aménagé, les consommateurs risquent de retourner chez eux », a prévenu Stéphane Drouin lors d’une présentation au TAG, l’évènement annuel du CQCD sur le commerce électronique.

Les conseils de Postes Canada pour éviter les déceptions

Mais comment y arriver ? L’une des possibilités est de susciter dès maintenant l’envie de magasiner en prévision de Noël. Les magasins Canadian Tire ont déjà sorti les sapins et les lumières. Indigo fait la promotion de ses calendriers de l’avent. La Baie d’Hudson a décidé de lancer sa collection de vêtements et de décorations pour Noël six semaines plus tôt, nous apprenait récemment La Presse Canadienne.

Et Postes Canada a déposé cette semaine dans nos boîtes aux lettres son catalogue rempli d’idées cadeaux. « Il n’est jamais trop tôt pour économiser », peut-on lire sur la page couverture.

Car en ligne aussi, il faut aplatir la courbe pour éviter la surcharge du réseau et d’importants retards de livraison, fait valoir la société d’État. Une réalité qui s’applique aussi aux détaillants qui doivent préparer les commandes en respectant les règles sanitaires.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Pour composer avec une demande inédite, Postes Canada a recruté plus de 4000 nouveaux employés et ajouté 1000 véhicules à son parc.

Postes Canada invite donc les consommateurs à « commencer leur magasinage plus tôt pour éviter une déception », dans un communiqué publié jeudi matin. Selon un sondage réalisé en juin, 48 % des Canadiens comptent dépenser principalement ou exclusivement en ligne pendant les Fêtes.

Pour composer avec une demande jamais vue, Postes Canada a recruté plus de 4000 nouveaux employés et ajouté 1000 véhicules à son parc. Aussi, la livraison sera effectuée la fin de semaine « dans de nombreuses localités » et les heures d’ouverture de certains bureaux de poste seront prolongées.

Moins d’argent, moins de cadeaux ?

Paradoxalement, tout en parlant de gestion d’achalandage en ligne et en magasin, les détaillants se questionnent sur le niveau de dépense des consommateurs, rapporte Stéphane Drouin.

Près de 30 % des Québécois affirment que leur situation financière s’est dégradée en raison de la pandémie, révèle un sondage Orama Marketing pour le CQCD dévoilé hier. Outre l’insécurité économique, est-ce que le fait de ne pas faire de grandes fêtes familiales va provoquer une diminution du nombre de cadeaux ?

Les détaillants se demandent aussi quelles proportions de leurs ventes seront effectuées en ligne ou en magasin, indique Stéphane Drouin. « C’est un gros point d’interrogation pour un commerçant qui doit préparer ses opérations. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

« La période des Fêtes suscite beaucoup d’incertitude, dit le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) Stéphane Drouin. On navigue à vue. C’est très difficile pour les détaillants de prendre des décisions. L’environnement est mouvant. »

On aimerait aussi avoir une boule de cristal pour savoir d’avance dans quelle mesure les consommateurs préféreront cueillir leurs achats en magasin ou se les faire apporter à l’auto. Ces services requièrent notamment du personnel additionnel en magasin. Pour le moment, la cueillette en magasin est l’option préférée de 20 % des Québécois, toutes catégories de biens confondues.

Et si on regarde plus loin, jusqu’au printemps, il y a encore des nuages gris. Robert Hogue, premier économiste à la RBC, a rappelé aux participants du TAG que ce serait le temps de payer de l’impôt sur la Prestation canadienne d’urgence (PCU). Étant donné que les sommes n’ont pas nécessairement été mises de côté, « ça risque de mettre de la pression sur l’insolvabilité », a-t-il résumé.