(Montréal) Incapable de convaincre G4S de s’asseoir à la table des négociations, GardaWorld a décidé d’aller de l’avant avec son offre hostile d’environ 5,2 milliards US tout en adressant une nouvelle série de reproches au conseil d’administration du géant britannique de la sécurité, qui a une fois de plus rejeté la proposition.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En s’adressant directement aux actionnaires de la compagnie établie à Londres, mercredi, la société québécoise a reproché aux administrateurs de G4S d’avoir agi de « manière cavalière » en repoussant ses approches au cours des derniers mois.

« G4S est une entreprise qui éprouve de profondes difficultés et qui a besoin d’un propriétaire et d’un exploitant qui comprend le secteur et qui a un plan bien défini », a souligné le fondateur, président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphane Crétier, dans un communiqué.

Celui-ci n’était pas disponible pour accorder des entrevues.

La réputation du numéro un mondial du secteur de la sécurité a été entachée à plus d’une reprise au cours des dernières années. G4S avait notamment été éclaboussée à la suite des Jeux olympiques de Londres, parce qu’elle avait manqué d’agents pour assurer la sécurité de l’évènement. L’armée avait alors été appelée en renfort.

Par l’entremise de sa filiale Fleming Capital Securities, GardaWorld propose 190 pence pour chaque action de la compagnie britannique. À la Bourse de Londres, mercredi, le titre de G4S a cependant clôturé à 200,30 pence, en hausse de 5,92 %, ce qui laisse penser que les investisseurs s’attendent à recevoir plus.

« L’offre non sollicitée est inchangée par rapport à la proposition qui avait été soigneusement considérée et rejetée à l’unanimité par le conseil d’administration, car elle sous-évalue considérablement la société et ses perspectives », a souligné le président du conseil de G4S, John Connolly, dans une déclaration où l’on exhorte les actionnaires à ne rien faire à l’égard de la proposition non sollicitée.

En dépit de cette fin de non-recevoir, l’entreprise montréalaise a souligné, dans un courriel, que les actionnaires de G4S auront l’occasion de « s’engager dans un dialogue constructif pour expliquer » que le prix offert est « juste et équitable à payer pour se dégager de leurs problèmes », qui sont « nombreux ».

GardaWorld avait annoncé ses couleurs le 14 septembre dans le but de forcer la main de la société britannique pour qu’elle négocie avec elle. Celle-ci avait toutefois qualifié la démarche de « hautement opportuniste ». Dans le cadre de sa nouvelle offensive, GardaWorld a proposé une série d’engagements, dont le maintien d’un siège social à Londres qui servira de quartier général pour les activités européennes, en plus de promettre de résoudre la « crise de financement » du régime de retraite des employés et ex-travailleurs de la compagnie.

Fondée il y a plus de 25 ans, la multinationale québécoise emploie plus de 102 000 salariés en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie ainsi qu’au Moyen-Orient. G4S compte plus de 533 000 employés répartis dans 85 pays, dont plus de 9000 au Canada. Pour les six premiers mois de l’année, elle a généré des profits d’approximativement 165 millions CAN, relativement stables par rapport à la même période l’an dernier. Ses revenus ont toutefois fléchi de 1,5 %, à 5,7 milliards CAN.

La plus récente acquisition de GardaWorld a été annoncée en juillet, lorsqu’elle a mis la main sur l’entreprise américaine WorldAware, spécialisée dans la gestion intégrée des risques de sécurité, pour une somme qui n’a pas été divulguée

Depuis l’an dernier, BC Partners, établie à Londres, est le plus important actionnaire de la société québécoise après avoir conclu une entente de 5,2 milliards en échange d’une participation de 51 %. M. Crétier détient une participation de 43 %, alors que le reste appartient à d’autres dirigeants de la société.