Au lendemain de la grève de 24 heures déclenchée mercredi matin à l’entrepôt de Jean Coutu à Varennes, Metro a mis en lock-out ses 680 employés. Jeudi matin, ils se sont ainsi heurtés à des portes closes et à des gardiens de sécurité, puis ont vu passer des autobus avec des cadres qui tentaient d’entrer sur les lieux. « On les a redirigés vers l’aréna de Sainte-Julie », souligne Audrey Benoit, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’entrepôt Pharmacie Jean Coutu–CSN.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Metro, qui détient Jean Coutu depuis 2018, confirme que des bus ont tenté d’entrer sur les lieux. « Les syndiqués ont barré l’accès, explique Marie-Claude Bacon, vice-présidente, affaires publiques et communications de Metro. Ils nous empêchent d’opérer. On va trouver une solution. »

Selon la présidente du syndicat, il était clair que la grève n’allait durer qu’une journée. « Qu’est-ce qui me dit que jeudi prochain, ils ne recommenceront pas ? demande toutefois Marie-Claude Bacon. Ce n’est pas une situation isolée. On essaie de négocier avec beaucoup de difficulté. Ça traîne en longueur. On a demandé l’aide d’un conciliateur très tôt dans le processus. On a essayé de prévenir la situation. »

L’entrepôt de Varennes approvisionne en médicaments 400 pharmacies. Depuis deux jours, ceux-ci ne sont donc pas distribués dans les pharmacies. « Mais elles vont avoir les médicaments », soutient Marie-Claude Bacon, qui assure du même coup qu’il n’y a pas de pénurie de médicaments dans les pharmacies actuellement.

Mais Metro juge prudent d’agir ainsi, surtout en période de pandémie. « On ne peut opérer dans un environnement imprévisible », dit Mme Bacon.

« Ce n’était pas logique »

La convention collective est échue depuis le 31 décembre 2019. Dès octobre 2019, l’employeur dit avoir voulu négocier son renouvellement.

« Mais ce n’était pas logique parce qu’on ne savait pas encore si des gens du distributeur McMahon qui dessert les pharmacies Brunet (propriétés de Metro) allaient venir travailler avec nous, estime Audrey Benoit. On voulait éclaircir certains points. On a commencé à négocier en mars et en juin. »

Les demandes du syndicat touchent notamment à l’ancienneté, à la sous-traitance pour les chauffeurs, à l’augmentation de la formation et aux horaires de travail.

Certains salariés sont obligés de travailler les fins de semaine, même avec 30 ans d’ancienneté. C’est inacceptable.

Audrey Benoit, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’entrepôt Pharmacie Jean Coutu–CSN

Le syndicat accuse l’employeur de faire des propositions et de se rétracter ensuite, ou encore de rester muet après ses suggestions de dates de négociations.

« Après qu’on a déclenché la grève, l’employeur nous a donné des dates, soit les 6 octobre et 4 novembre, raconte Audrey Benoit. Pour quelqu’un qui veut négocier, il n’est pas pressé. Le conciliateur essaie toutefois d’avoir des dates plus tôt. »

Selon Metro, le syndicat manque d’ouverture dans les négociations. « Il avait des centaines de demandes, dit Marie-Claude Bacon. On en a accepté plusieurs. On fait preuve d’ouverture. Le syndicat ne recule sur rien. Pour la formation, par exemple, on a une offre qui augmente de deux fois et demie la formation. Ça représente énormément d’argent. »

Le lock-out est décrété pour une durée indéterminée. « Si les employés n’étaient pas sortis mercredi, on n’en serait pas là aujourd’hui, affirme Marie-Claude Bacon. Ce n’est pas une situation qui nous plaît. »

Une séance de conciliation est prévue dimanche.