Où sont les femmes ? Dans le cadre d’une campagne de rayonnement, Femmessor part en quête de 100 entrepreneures… qui changent le monde. Plus concrètement, dont la mission s’aligne sur un ou plusieurs objectifs de développement durable établis par l’ONU (égalité des sexes, bonne santé et bien-être, réduction des inégalités, travail décent, énergie propre, éducation de qualité…).

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

L’an dernier, l’organisme qui finance et accompagne des entreprises dirigées par des femmes les avait choisies à même son « portefeuille » d’entrepreneures pour une campagne visant à créer des modèles. « Cette année, la thématique est différente, explique sa PDG, Sévrine Labelle. Nous voulons 100 entrepreneures qui contribuent à créer un monde meilleur. Des femmes issues de différents horizons. On veut montrer toute la diversité du Québec. Ça nous permettra de découvrir de nouveaux talents. »

Pour trouver ces entrepreneures, Femmessor s’appuie notamment sur les réseaux de quatre ambassadrices, soit Marie-Josée Richer, cofondatrice de PRANA, Dorothy Rhau, fondatrice d’Audace au féminin, Mélissa Harvey, fondatrice de Zorah Cosmétiques et Cadleen Désir, fondatrice de Déclic. « Je suis déjà dans cette démarche liée aux objectifs de développement durable de l’ONU, confie Cadleen Désir, qui est aussi membre du C. A. de Femmessor. L’économie ne peut plus continuer comme elle allait. Il faut amener du sens à la croissance des entreprises. On se lance en affaires pour un besoin, mais on peut avoir un objectif plus grand. »

La présence de deux femmes d’origine haïtienne dans le quatuor d’ambassadrices témoigne du désir de Femmessor de capter l’attention de plus de gens. « Notre portefeuille ne reflète pas toute la belle diversité du Québec, avoue Sévrine Labelle. C’est un défi d’aller les chercher. C’est important pour nous de faire cet effort et de créer un monde entrepreneurial plus à l’image de notre société. Le modèle d’homme d’affaires blanc est super, mais il parle aux hommes. Il faut valoriser le fait qu’il y a d’autres façons de réussir en affaires. »

« Mon rôle est aussi d’être un modèle en tant que femme, Haïtienne, mère œuvrant en éducation et en santé, estime Cadleen Désir. De montrer que c’est possible. »

L’inclusion est bonne pour Femmessor également, reconnaît sa PDG. « On a nous-mêmes un devoir d’être diversifiés pour voir les choses de façon autre, dit Sévrine Labelle. On met beaucoup d’efforts pour recruter des gens de différentes origines dans l’organisation et le C. A. »

Le virus fait mal

Cette campagne (femmessor.com pour s’inscrire), qui se poursuit jusqu’au 13 octobre, est lancée alors que les femmes en affaires sont plus durement frappées par la pandémie. Un sondage mené par Femmessor montre que l’entreprise d’une dirigeante sur cinq risque fort de tomber au combat. « C’est tragique et préoccupant, dit Sévrine Labelle. Les femmes ont été touchées de plein fouet parce qu’elles sont massivement présentes dans les secteurs d’activité les plus affectés, tels le commerce de détail, la restauration, l’hôtellerie et le milieu des arts. Les entreprises qu’elles dirigent sont de plus petite taille, donc ont moins de revenus et moins de capacité financière face à la crise. »

Ajoutez les tâches familiales qui leur pèsent encore davantage sur les épaules. « En télétravail, elles ne sont donc pas aussi productives, note Cadleen Désir. Elles ont pris un recul flagrant. Je le sens. Elles se demandent maintenant pourquoi elles font ça. »

Est-ce un bon moment alors de lancer cette campagne « 100 entrepreneures qui changent le monde » ? « La crise a amené les gens à réfléchir à la relance économique, à réinventer le modèle économique pour le rendre plus soucieux de l’impact qu’on a », répond Sévrine Labelle.

« En période difficile, on constate qu’on est davantage en quête de sens, poursuit Cadleen Désir. Donc quand on sent qu’on contribue à la planète, on se bâtit une résilience. »