L’électrification du transport lourd ne se fera pas sans entreprise prête à faire le pari, et le CN est déterminé à être cette entreprise, a indiqué lundi son président et chef de la direction, Jean-Jacques Ruest, en annonçant l’acquisition de 50 camions électriques de l’entreprise québécoise Lion, au coût de plus de 20 millions de dollars.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

La commande, la plus importante jamais reçue par Lion, donnera un sérieux coup de pouce à l’entreprise établie à Saint-Jérôme, a reconnu son président et fondateur, Marc Bédard.

« Beaucoup de monde parle d’électrification des transports, le CN agit, a-t-il indiqué. […] C’est énorme, on pense que ça peut avoir un effet boule de neige. »

Les 50 tracteurs routiers d’une capacité de 110 000 livres sont dotés d’une autonomie d’environ 250 kilomètres. Ils seront utilisés pour parcourir le « dernier kilomètre » des trajets intermodaux du CN. Des conteneurs ayant voyagé par bateau puis par train seront ainsi acheminés à leur destination finale à leur remorque, principalement à Montréal, Toronto et Vancouver.

Le CN avait commandé huit de ces camions Lion8 il y a quelques mois, puis participé au développement de leur version finale. Il en a ajouté 42 à sa commande avant même d’avoir pu en utiliser un.

« Sauter dans la piscine »

« Le premier enjeu, c’était de savoir s’ils seraient capables de les produire, a indiqué M. Ruest, tout en se réjouissant de voir que les premières livraisons étaient prévues pour l’automne 2021. Ensuite, il faut optimiser leur utilisation. »

La performance de ces camions ne sera pas au niveau de celle des camions ordinaires au diesel, convient M. Ruest, du moins au départ.

« Nos attentes ne sont pas là. L’objectif est que ces camions puissent couvrir l’ensemble du quart d’un camionneur, soit 8 ou 10 heures par jour. Il va falloir choisir les charges et les livraisons locales qui permettent de faire ça. Pour apprendre, il faut commencer, il faut sauter dans la piscine. […] Il faut trouver la bonne combinaison de charge et de distance et on a confiance de la trouver. Ça va nous emmener éventuellement à être plus compétitifs que ceux qui vont attendre dans cinq ans. »

Selon La compagnie électrique Lion, les 50 camions permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 5000 tonnes par année. Le potentiel est bien plus élevé, le CN disposant à lui seul d’environ 1300 camions, en plus d’environ 1200 autres exploités par une filiale.

Lion emploie actuellement environ 360 personnes et prévoit en ajouter environ 150 d’ici l’année prochaine, selon M. Bédard. D’abord active dans la construction d’autobus scolaires électriques — elle a remporté l’an dernier un important contrat en Californie et prévoit livrer entre 300 et 400 exemplaires en 2021—, elle s’apprête à livrer cet automne ses premiers camions.

Selon M. Bédard, le marché pour les camions est environ 10 fois supérieur à celui des autobus. L’entreprise serait au cœur de nombreuses discussions, d’où sa joie de voir une entente avec le CN se concrétiser et l’espoir de voir celle-ci en inspirer d’autres.

« Avoir un contrat comme celui-là pour 50 véhicules, ça nous permet de prendre des engagements auprès de nos fournisseurs », a-t-il ajouté.