Un énorme porte-conteneurs a été détourné à Saint John, au Nouveau-Brunswick.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La paralysie du port de Montréal par la grève illimitée des débardeurs, en cours depuis lundi, attise la concurrence parmi les ports de l’est du Canada.

La plus récente salve promotionnelle à cet effet : celle menée depuis deux jours par Port Saint John, au Nouveau-Brunswick, et son partenaire ferroviaire, le Canadien Pacifique (CP). Ils soulignent le passage cette semaine de l’énorme porte-conteneurs Detroit Express du transporteur international Hapag-Lloyd en tant que « client inaugural » de leur nouveau service intermodal (navire-rail) entre le port de Saint John et le centre du continent.

Or, selon les informations obtenues par La Presse auprès de Hapag-Lloyd et de Port Saint John, cette escale de six jours du Detroit Express est survenue après que ce navire a été détourné vendredi dernier de sa destination prévue à Montréal, après avoir traversé l’Atlantique en provenance de Tanger, au Maroc, et d’autres ports en mer Méditerranée.

Ce détournement est survenu alors que planait la menace d’une grève illimitée des débardeurs et de paralysie au port de Montréal – menace qui s’est concrétisée deux jours plus tard, soit depuis lundi passé.

Appelée à commenter cette situation potentiellement gênante pour la réputation du port de Montréal, l’Administration portuaire de Montréal (APM) a répondu par courriel à La Presse « qu’elle n’anticip[ait] pas que cette liaison ferroviaire du CP [avec le terminal intermodal du port de Saint John] aura[it] un effet sur [ses] prévisions de croissance ».

Et dans l’immédiat, écrit Mélanie Nadeau, directrice des communications de l’APM, « bien que la situation actuelle liée à la grève soit préoccupante, nous sommes confiants que les deux parties en viendront rapidement à une entente et que la chaîne logistique pourra reprendre ses activités normales pour desservir efficacement les différents marchés ainsi que les lignes maritimes qui nous visitent depuis plus de 50 ans ».

Mais du côté de l’Association des employeurs maritimes, partie patronale dans le conflit de travail des débardeurs au port de Montréal, on signale à La Presse que cette occasion promotionnelle dont profitent le port de Saint John et son partenaire ferroviaire, le CP, démontre que « le marché portuaire canadien est de plus en plus concurrentiel ».

C’est pourquoi rien ne peut être tenu pour acquis, et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des clients en ces temps économiques incertains.

Association des employeurs maritimes

D’après les registres du transporteur international Hapag-Lloyd, son navire porte-conteneurs Detroit Express devait accoster au port de Montréal en soirée le vendredi 7 août, en provenance de Tanger, au Maroc, et de quelques ports en mer Méditerranée.

Mais il a été détourné vers le port de Saint John, où il est arrivé le lendemain, le samedi 8 août, et a été accueilli avec entrain comme gros client inaugural du nouveau service intermodal implanté par le port et le transporteur ferroviaire.

Le porte-conteneurs Detroit Express a quitté le port de Saint John en fin de journée jeudi pour le port de New York. Il doit y faire une escale de transbordement de conteneurs durant le week-end avant de poursuivre sa liaison transatlantique régulière vers Tanger et la mer Méditerranée.

Promotion et modernisation

Entre-temps, à Port Saint John, on s’est empressé de promouvoir ce client inaugural du service ferroviaire et intermodal établi avec le CP.

« Nous souhaitons la bienvenue à la “manière Saint John” au navire Detroit Express de Hapag-Lloyd dans notre port pour le transbordement de conteneurs d’importation et d’exportation. Grâce à notre réseau d’approvisionnement exceptionnel, les marchandises continuent de circuler efficacement et en toute sécurité par le port de Saint John », a fait valoir l’administration portuaire sur ses réseaux sociaux, avec une photo aérienne de l’énorme porte-conteneurs Detroit Express à quai.

Quant au Canadien Pacifique, il a marqué le coup de ce gros client inaugural de son service ferroviaire de transport de conteneurs entre le port de Saint John et les principales régions métropolitaines du centre et de l’ouest du continent en publiant un communiqué vantant notamment « l’absence de congestion » au port néo-brunswickois.

« Le nouveau service du port de Saint John offre aux expéditeurs une valeur irrésistible : un port sans congestion avec un exploitant de classe mondiale, assorti au modèle de transport ferroviaire régulier de précision du CP », selon son président et chef de la direction, Keith Creel.

La connexion au port de Saint John nous donne l’occasion rare d’offrir aux expéditeurs un service vraiment nouveau et extrêmement attrayant pour atteindre les marchés nord-américains.

Jonathan Wahba, vice-président du CP pour les marchés de l’intermodal et de l’industrie automobile

Selon le CP, depuis son acquisition au début de l’année du petit transporteur Central Maine & Quebec Railway (CMQ), « [sa] route ferroviaire est la plus courte entre les ports du Canada atlantique vers les principaux marchés nord-américains », en passant par son carrefour ferroviaire en périphérie de Montréal.

Et de ce carrefour montréalais, ajoute le CP, les wagons chargés « des conteneurs provenant de navires comme le Detroit Express [au port de Saint John] sont connectés à des trains de correspondance vers des destinations qui comprennent Toronto, Chicago, Minneapolis, Calgary, Edmonton et Vancouver ».

Au cours de son processus d’acquisition de CMQ, le CP avait déjà annoncé qu’il prévoyait investir 90 millions de dollars sur trois ans dans la modernisation de ses voies ferrées au Maine et au Québec.

Quant au port de Saint John, il est à mi-parcours d’un projet de modernisation de 205 millions de dollars, subventionné par la province et le fédéral, qui vise notamment à doubler la capacité de transbordement de conteneurs.