Frappée par le choc de la pandémie dans son plus important marché de l’aviation, l’entreprise montréalaise de simulateurs de vol et de formation technique CAE enclenche un plan de restructuration évalué à 100 millions de dollars d’ici un an afin de redresser des résultats soudainement tombés dans le rouge vif.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Au Québec, cette restructuration se fera ressentir rapidement par le licenciement d’ici novembre d’au moins 200 employés dans ses installations principales et son siège social situés dans l’arrondissement montréalais de Saint-Laurent.

À l’extérieur du Québec, quelque 150 employés de CAE seront aussi touchés par ces licenciements. Au dernier compte divulgué, l’effectif de CAE totalise environ 10 000 employés répartis sur six continents, dont 4700 au Canada, principalement dans la région de Montréal.

Selon la direction de CAE, ce plan de restructuration des activités et de réduction des effectifs devrait permettre à l’entreprise de dégager des économies de frais d’exploitation de l’ordre de 50 millions par an.

« Le pire pourrait être derrière nous »

« Le pire des impacts de la pandémie sur CAE pourrait bien être derrière nous ; cependant, le rythme de la reprise ne sera probablement pas linéaire ou rapide, et il sera très certainement dicté par la vitesse à laquelle les restrictions de voyage pourront être levées et la reprise de l’activité économique », a commenté le président et chef de la direction de CAE, Marc Parent, lors de la présentation des résultats de premier trimestre, mercredi, en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires en mode virtuel.

« Pour la suite, nous continuons de croire que l’exercice sera scindé en deux : le premier semestre sera sans aucun doute caractérisé par une baisse de la demande et par des perturbations, alors que le second semestre pourrait afficher une inflexion plus positive. Ainsi, nous continuons à nous attendre à ce que les flux de trésorerie disponibles deviennent positifs au second semestre de l’exercice. »

Trimestre au rouge

Dans les résultats du premier trimestre de son exercice 2021, CAE affiche un chiffre d’affaires réduit d’un tiers (- 33 %), à 550,5 millions, par rapport à la même période l’an dernier.

En conséquence, et malgré les efforts de réduction des coûts mis en place durant ce trimestre clos le 30 juin, CAE s’est retrouvée avec une perte nette de 110,6 millions, ou 42 cents par action.

Cette perte trimestrielle représente aussi un revers considérable par rapport au profit net de 61,5 millions, ou 23 cents par action, que CAE avait produite lors du trimestre correspondant l’an dernier.

En excluant les éléments non récurrents, la perte ajustée de CAE s’est établie à 30,3 millions, ou 11 cents par action. Ça demeure deux fois pire que la prévision moyenne parmi les analystes, qui s’attendaient à une perte ajustée de 6 cents par action.

En Bourse, les investisseurs ont manifesté leur déception en laissant choir en cours de séance le prix des actions de CAE d’un peu plus de 5 %, qui est repassé sous le seuil des 21 $.

Elles ont terminé en baisse modérée de 1 %, à 21,70 $, ce qui situe la valeur boursière de CAE encore à la moitié environ de son niveau record de 41 $ par action atteint au début de février, juste avant le choc économique et boursier de la pandémie.

De l’avis de l’analyste montréalais Benoit Poirier, chez Desjardins marchés des capitaux, ces résultats trimestriels s’avèrent « relativement alignés » avec ce qui était attendu d’un trimestre pressenti comme très difficile dans les principaux marchés de CAE.

« À 11 cents par action, le bénéfice trimestriel ajusté – une mesure prisée des analystes – est légèrement inférieur à la prévision moyenne de 9 cents par action parmi les analystes. Quant aux revenus trimestriels, à 551 millions, ils s’avèrent très proches de ma prévision de 557 millions et supérieurs à la prévision moyenne de 511 millions parmi les analystes », a indiqué Benoit Poirier dans une note du jour à ses clients-investisseurs.

« Du jamais-vu »

Au pire de la crise sanitaire internationale de la pandémie, entre avril et juin, CAE a dû interrompre temporairement les activités de la moitié de son réseau mondial de centres de formation de pilotage.

Aussi, l’entreprise a dû interrompre ses activités de fabrication de simulateurs de vol et d’équipement de formation technologique à ses installations principales à Montréal.

CAE n’a livré que deux simulateurs durant les trois mois d’avril à juin, pendant que ses centres de formation ne fonctionnaient qu’à 20 % de leur capacité. Ces centres sont maintenant rouverts, mais ne fonctionnent encore qu’à 40 % de leur capacité.

Même temporaire, cette cessation d’activités a provoqué une baisse de près de moitié des revenus trimestriels de CAE dans son marché principal de l’aviation civile.

« C’est du jamais-vu », a admis le PDG Marc Parent lors de la téléconférence de résultats trimestriels avec les analystes.

Pendant ce trimestre, CAE a également subi des retards de livraisons et retardé des commandes dans ses activités du secteur de la défense.

Du côté de sa division santé, CAE a aussi subi des retards dans l’attribution de contrats parmi sa clientèle d’établissements universitaires et les centres de formation en personnel médical, alors qu’elle donnait la priorité à la mise en place des protocoles sanitaires de pandémie.

Du point de vue de l’analyste Konark Gupta, chez Scotia Capital à Toronto, les plus récents résultats trimestriels de CAE ont « raté la cible » dans les secteurs de l’aviation civile et de la formation médicale, alors qu’ils ont dépassé les attentes dans le secteur des équipements d’usage militaire.

L’analyste de Scotia Capital dit prendre acte que « la direction de CAE s’attend à continuer de subir des faiblesses en matière de bénéfice et de flux de trésorerie négatif [free cash flow] jusqu’en fin de deuxième trimestre, en septembre. Et que ça pourrait être suivi d’un rebond potentiel en deuxième moitié d’exercice 2021. »

— Avec La Presse canadienne