(Francfort) Réconforté par une reprise des ventes meilleure qu’attendue, Daimler, fabricant des Mercedes-Benz, s’attend à finir l’année dans le vert malgré une lourde perte au deuxième trimestre, et compte affronter l’avenir « difficile » avec plus d’économies, menaçant des milliers d’emplois.

Agence France-Presse

Alors que, jusque-là, le groupe avait simplement averti que le bénéfice d’exploitation (EBIT) serait en baisse en 2020, le constructeur a annoncé jeudi qu’il devrait être « positif », selon un communiqué. Le directeur financier s’attend à un milliard d’euros au moins, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse.

Le constructeur, qui a enregistré une perte de 1,9 milliard d’euros au 2e trimestre, formule ces prévisions « sous l’hypothèse que la reprise économique se poursuive au deuxième semestre et qu’il n’y ait pas de nouvelle vague majeure d’infections dans les principaux marchés ».

« Nous voyons le début d’une reprise des ventes », qui s’avèrent « mieux qu’attendues », a expliqué le patron, Ola Källenius.

À la Bourse de Francfort, le titre bondissait de 5,62 % à 41,36 euros dans un Dax en hausse de 0,6 % vers 7 h 05.

Källenius s’est cependant aussi dit « décidé » à redoubler d’efforts pour baisser les coûts.

Daimler avait annoncé en automne dernier un projet pour économiser 1,4 milliard d’euros en charges de personnel, avec 10 000 suppressions d’emplois au moins d’ici 2022, pour financer la transition vers l’électrique.

Or, ce plan, qui « sera intégralement mis en œuvre », « n’a pas pris en compte la récession déclenchée par la pandémie », a noté M. Källenius. « Les prochains mois et années seront un défi », a-t-il ajouté.

La presse évoque désormais au moins 20 000 postes supprimés, mais le constructeur n’a pas encore communiqué de chiffre.

« Nous nous attaquons à tous les coûts, dont les charges liées au personnel, et sommes en discussions constructives avec les syndicats », a simplement expliqué le PDG.

« Perspective » pour Hambach

Le groupe avait dévoilé jeudi dernier des chiffres préliminaires, dont une perte d’exploitation de 1,68 milliard d’euros au 2e trimestre et un flux de trésorerie — une donnée très observée en pleine crise — positif sur la période, contrairement aux attentes des analystes.

Hormis une perte au 2e trimestre de l’an dernier, due à des provisions relatives au scandale des moteurs diesel truqués, la dernière perte trimestrielle du constructeur remonte à 2009, en pleine crise financière.

Au premier trimestre 2020, le bénéfice net a chuté de 92 % à seulement 168 millions d’euros.

Les ventes automobiles se sont effondrées dès mars dans les principaux marchés européens, après une chute similaire en Asie.

En plus d’un marché en berne, le résultat d’exploitation est plombé par 687 millions euros de charges de restructuration dans le réseau de production, dont le projet de vente de l’usine Smart française à Hambach, en Moselle.

« Quand on a décidé de vendre une usine, il s’agissait de trouver la meilleure perspective possible » et « nous allons être créatifs et socialement responsables pour préserver un maximum d’emplois pour l’avenir », a expliqué M. Källenius.

Le groupe britannique Ineos s’est dit intéressé par le rachat du site mosellan pour y produire son futur 4X4 Grenadier, mais l’intersyndicale (CGT, CFE-CGC, CFTC, CFDT et FO), n’est pas convaincue par l’arrivée d’un véhicule thermique sur cette usine qui ne produit que des modèles électriques depuis 2019. Elle appelle à la grève et à une manifestation vendredi à Sarreguemines.

« Nous sommes en discussions avec un investisseur potentiel et bien évidemment avec les syndicats sur place », mais « il est encore trop tôt pour dire exactement à quoi ressemble le plan », a précisé M. Källenius.

Daimler compte également 53 millions d’euros de charges pour la branche automobile liées à des « procédures judiciaires », alors que le groupe reste englué dans le scandale des moteurs diesels truqués.