Victime de la pandémie comme bien d’autres détaillants de vêtements, Tristan a choisi de se placer à l’abri de ses créanciers. La nouvelle a été annoncée aux 650 employés mardi après-midi. L’entreprise montréalaise espère que le processus lui permettra de renégocier ses baux dans les centres commerciaux.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Notre objectif est d’arriver à des ententes pour exploiter des magasins rentables et de pouvoir faire des investissements [en technologie] », a résumé la présidente, Lili Fortin, au cours d’un entretien avec La Presse.

La chaîne compte 44 succursales au Québec, en Ontario et en Alberta. Le siège social est situé en bordure du canal de Lachine, dans le quartier Pointe-Saint-Charles.

Aucune mise à pied ou fermeture de magasin n’est dans les plans, assure Mme Fortin. Et pendant la restructuration, de nouvelles collections continueront d’arriver en magasins, tient-elle à préciser auprès la clientèle.

La famille a tout fait pour éviter de recourir à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité. La demande de protection était d’ailleurs prévue pour le 30 juin, mais « à la dernière minute », les entrepreneurs ont changé d’idée et tenté à nouveau de négocier avec les bailleurs, raconte le paternel, Gilles Fortin.

Lili Fortin dit que sa famille s’est finalement résolue à prendre « une décision rationnelle », la meilleure, croit-elle, pour assurer l’avenir de l’entreprise et de ses employés. Le syndic responsable du dossier est MNP.

Les deux usines de fabrication de vêtements ne sont pas touchées par la restructuration.

Tristan suit ainsi les traces d’Aldo, de Reitmans, de Sail, de DavidsTea, de Lolë (Coalision) et de Frank and Oak (Modasuite), qui ont aussi choisi de se placer à l’abri de leurs créanciers après des mois éprouvants financièrement.

Sans marge de crédit depuis des mois

« C’est une montagne russe d’émotions. Là, on passe en mode solutions […]. Il faut se réorganiser pour un nouveau départ », raconte la femme d’affaires, qui donnera naissance à son troisième enfant dans un mois.

Tristan, dont presque tous les magasins se trouvent à l’intérieur de centres commerciaux, a été privé de la vaste majorité de ses revenus pendant des mois. Dans le Grand Montréal et à Joliette, les mails ont rouvert leurs portes le 19 juin, après 88 jours. Ailleurs au Québec, ils ont été fermés pendant 70 jours.

À l'extérieur de la grande région de Montréal, une seule boutique a pignon sur rue (l’outlet, à Bromont). La fermeture prolongée des galeries marchandes a donc beaucoup pesé sur les finances du détaillant de vêtements. Pour amoindrir le choc, Tristan s’est lancé en quelques jours seulement dans la confection de visières destinées aux professionnels de la santé.

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Au début de mai, Tristan a aussi appris que la Banque Nationale – sa seule banque en 47 ans – fermait sa marge de crédit. Dans le contexte d’affaires actuel, le détaillant n’a pas été en mesure d’en obtenir une autre.

« On s’est arrangé sans marge et sans revenus [ou presque] pendant trois mois grâce au médical et à une gestion serrée […]. Je trouve ça extraordinaire », confie Lili Fortin, qui travaille avec son frère Charles, responsable du commerce en ligne, et ses parents.

Les débuts de l’entreprise familiale remontent à 1973, quand Gilles Fortin a acquis la boutique Tristan & Iseult de Saint-Jean-sur-Richelieu. Avec sa femme, Denise Deslauriers, il a multiplié les points de vente.