La Cour supérieure a dû intervenir, jeudi, pour tempérer les moyens de pression mis de l’avant par les syndiqués de la fromagerie Parmalat de Victoriaville, quelques heures après que l’employeur eut notamment découvert une rondelle (washer) dans un bâtonnet de fromage Ficello.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

L’employeur, qui porte officiellement le nom de Lactalis, exploite l’usine Parmalat située sur le boulevard Pierre-Roux Est, à Victoriaville. Mercredi, à 16 h, il a interrompu la production à l’usine en plein cœur des séances de conciliations visant à renouveler la convention collective échue depuis le 14 octobre dernier.

Conflit de travail il y a, mais sa nature reste nébuleuse. Une porte-parole de l’entreprise, Anita Jarjour, maintient qu’il ne s’agit pas d’un lock-out, mais d’une grève. Le syndicat représentant les quelque 430 employés, affilié à la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), est de l’avis contraire.

« Quand l’employeur met le monde dehors et installe des agents de sécurité à l’entrée, c’est un lock-out », fait valoir le conseiller syndical de la CSD Cédric Vallerand.

Selon la version des faits de l’employeur, rapportée dans sa requête pour obtenir une injonction provisoire, il a dû cesser ses opérations parce qu’un nombre important d’employés avaient demandé un congé de maladie quelques heures avant l’ouverture des quarts de jour et de nuit précédents, empêchant l’usine de fonctionner normalement.

L’employeur avait par ailleurs constaté « la présence de corps étrangers (morceaux de tapis de caoutchouc, washers, couteaux) dans les bassins destinés à la transformation du lait et à la fabrication du fromage ». On avait aussi détecté au moins un bâtonnet de Ficello contenant une rondelle (washer).

Le syndicat nie les allégations de sabotage.

Ça ne fait pas partie des valeurs de notre syndicat. On n’est pas des barbares, on n’a pas l’intention de nuire au produit parce que ce sont nos jobs.

Jean Émond, président du syndicat local

Selon M. Vallerand, il s’agit là de simples « bris qui arrivent tous les mois, toutes les années ».

« Non, ce n’est pas habituel, ce n’est pas régulier », rétorque Mme Jarjour, avant d’ajouter qu’aucun produit n’est sorti de l’usine depuis ces événements.

M. Vallerand a refusé de répondre à une question sur une consigne syndicale qui aurait visé à provoquer les absences qui ont forcé la fermeture de certains services de l’usine. Selon lui, les seuls moyens de pression effectués par le syndicat avant le déclenchement du lock-out ont été la pose d’autocollants et des chants. M. Émond plaide lui aussi l’innocence, affirmant avoir même insisté auprès de cinq employés l’ayant appelé ce matin-là pour qu’ils rentrent travailler.

Accès bloqué

Après la cessation des activités, raconte l’employeur dans sa requête, les syndiqués se sont rapidement mobilisés pour bloquer les accès à l’usine. Ils auraient notamment utilisé des clous au sol, des chaises, des tables et des camions garés de travers pour bloquer la voie.

Tant et si bien que deux cadres se sont retrouvés seuls à l’intérieur, incapables d’être rejoints par des collègues qui voulaient « poursuivre les opérations de cessation des activités ».

L’intervention de la Sûreté du Québec et d’une agence de sécurité n’a pas suffi à libérer l’accès, avance l’employeur, ce qui a eu pour effet « de mettre en péril la santé et la sécurité des deux cadres se trouvant à l’intérieur de l’usine » ainsi que de 600 000 litres de lait « dont la conservation est de courte durée ». Les employés de bureau n’ont eux non plus pas eu accès aux installations.

Dans une décision rendue sans délibéré jeudi, le juge Daniel Dumais, de la Cour supérieure, a ordonné la fin des entraves mises en place par les syndiqués aux entrées du terrain de l’employeur.

Les négociations entre les parties ont débuté à l’automne, mais ont notamment été ralenties par la maladie d’un représentant patronal et la fermeture forcée par la COVID-19. Des séances de conciliation ont eu lieu presque tous les jours depuis le 8 juillet pour les rapprocher.

Selon M. Vallerand, « l’employeur ne veut pas négocier et retarde les négociations ».

« Nous avons fait une offre lundi, il ne nous est jamais revenu avec une contre-offre. Mercredi, il nous mettait dehors. »

— Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron, La Presse