Après les détaillants Reitmans, Aldo, Sail et Sportium, c’est au tour d’une première chaîne connue de restaurants de demander la protection des tribunaux contre ses créanciers dans l’espoir de guérir des effets dévastateurs de la COVID-19 sur les affaires.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« On a besoin de la protection de la loi pour assurer la survie de Pacini », résume son propriétaire Pierre Marc Tremblay, dans un entretien avec La Presse. Raymond Chabot est le syndic au dossier.

Le total des dettes se situe entre 5 et 10 millions.

M. Tremblay fera une proposition à ses créanciers. Parmi les principaux se trouvent la Banque Royale, Fondaction CSN, également propriétaire à 49 % de la chaîne, et la Fondation Chagnon, vestige de l’époque où Pacini avait le même propriétaire que les restaurants végétariens Le Commensal.

Nous venions de rénover la plupart de nos restaurants. Notre dette était élevée et notre trésorerie était basse quand la COVID-19 a frappé. C’est vraiment dommage parce qu’on était en voie de connaître le meilleur premier semestre de notre histoire.

Pierre Marc Tremblay, propriétaire des restaurants Pacini

L’exercice financier de la chaîne commence en octobre. Les ventes annuelles du réseau des restaurants Pacini tournent autour de 50 à 55 millions.

La proposition serait déposée d’ici 30 à 60 jours. Le plan prévoit la fermeture définitive de cinq établissements : les restos du boulevard Saint-Martin, à Laval, des Halles Fleur de lys, près du Centre Vidéotron, à Québec, de Lévis, de Terrebonne et de Montréal près du métro Berri-UQAM. Le réseau passera de 29 à 24 adresses.

Sur 24 restaurants encore ouverts, 14 sont franchisés et 10 ont Pacini inc. comme actionnaire majoritaire.

Dans l’île de Montréal, il ne restera plus que celui dans l’Est, angle Langelier et Sherbrooke. En février, Pacini avait fermé son resto du Quartier des spectacles, au 425, boulevard De Maisonneuve Ouest, à la fin de l’hiver, après une mésentente avec les nouveaux propriétaires des lieux, les frères Gabriel et Michel Bitton.

Outre la fermeture de cinq établissements, le plan de relance prévoit la fermeture du siège social, au 170, boulevard Taschereau, à La Prairie. De 30 personnes à l’époque pré-COVID-19, l’effectif est tombé sous les 20 personnes. Dorénavant, tout ce beau monde travaillera de la maison. Les rencontres hebdomadaires se feront dans un Pacini. L’histoire ne dit pas si les réunions se feront autour du bar à pain, caractéristique des restos de la chaîne.

M. Tremblay entend aussi profiter de la restructuration pour renégocier des baux existants afin de les adapter au contexte d’affaires post-confinement.

En attendant, les 24 restaurants restants ont rouvert leurs portes. Aux dires de M. Tremblay, ils ont fait entre 40 et 50 % de leurs ventes de l’an passé au cours des deux dernières semaines. Un 25e doit ouvrir ses portes plus tard en juillet à Drummondville. Tout avait été négocié et signé avant la pandémie.

« Des Pacini, il va y en avoir plein d’autres »

L’inquiétude est palpable chez les restaurateurs, révèle un récent sondage réalisé pour le compte de l’Association Restauration Québec.

Dans un récent sondage réalisé par l’Association auprès de 580 restaurateurs, entre le 30 juin et le 5 juillet, 61 % des répondants affirment qu’ils ne pourront maintenir leurs activités au-delà de six mois dans les conditions actuelles.

« Des restructurations comme chez Pacini, il va y en avoir plein d’autres », dit François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales. « Les résultats de notre sondage, ce n’est pas juste une perception. Ça va devenir une réalité. »

M. Meunier n’avait pas d’exemples à donner de chaînes en restructuration. Certaines ont toutefois commencé à rationaliser leurs activités. Cosmos et Restos Plaisirs de Québec ont fermé deux établissements chacun depuis le déclenchement de la crise sanitaire.