L’avenir des 124 boutiques Le Château est compromis. Incapable de rembourser ses dettes, l’entreprise de 1600 employés admet qu’il « existe des incertitudes importantes » qui remettent en doute sa capacité « à poursuivre son exploitation ».

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Après avoir reporté à deux reprises la publication des résultats financiers de son exercice clos le 25 février, Le Château s’est finalement exécuté lundi soir, à quelques heures de la limite permise par les autorités réglementaires.

On y apprend que l’entreprise a terminé son année avec une perte nette de 69,2 millions (2,31 $ par action) sur des ventes de 175,9 millions en raison d’une « baisse d’achalandage dans les centres commerciaux et les magasins ». Et à son quatrième trimestre, qui incluait la période des Fêtes, Le Château a réalisé une perte nette de 51,2 millions alors que le chiffre d’affaires a atteint… 48 millions.

Dans son communiqué en français publié à 22 h 35, Le Château précise ne pas être en mesure de rembourser une facilité de crédit de 70 millions et un emprunt de 15 millions. Cela provoque « une situation de défaut », résume-t-on.

En conséquence, des négociations sont en cours avec ses prêteurs. De toute évidence, celles-ci seront déterminantes pour la suite des choses.

Mais Le Château ajoute que sa « capacité […] à poursuivre ses activités au cours des douze prochains mois dépendra aussi d’une série d’autres facteurs » : « incidence de la pandémie », « restrictions gouvernementales » liées à ses activités, possibilité de négocier « des modifications avantageuses relativement aux loyers », « capacité à accroître son chiffre d’affaires et à générer des flux de trésorerie » positifs.

Le détaillant affirme en outre que son avenir est fonction du « soutien continu accordé par ses fournisseurs, ses locateurs et autres créanciers ».

Impacts de la COVID-19

Le communiqué ne donne aucun détail sur les ventes du Château depuis l’arrivée de la COVID-19 au Canada et la fermeture forcée de ses magasins d’un bout à l’autre du pays.

Personne à la haute direction du détaillant n’a souhaité accorder d’entrevue à La Presse au cours des derniers mois, alors que l’industrie de la mode était particulièrement frappée par la pandémie et qu’un certain nombre d’enseignes se sont placées à l’abri de leurs créanciers.

Il n’a donc pas été possible de savoir à quel point l’annulation des bals de finissants a heurté cette entreprise qui mise énormément sur les robes pour se différencier de ses concurrents.

Il faudra attendre la publication des résultats du premier trimestre, mais la date n’a pas été précisée.

Pas de profits depuis 2010

Les difficultés financières du Château, dont le siège social est sur le boulevard Décarie, à Montréal, ne sont pas récentes. Le détaillant n’a pas fait de profits depuis 2010. En Bourse, son titre est passé en 5 ans de 0,55 $ à 0,05 $.

Ces dernières années, des investissements majeurs ont été réalisés dans le commerce en ligne et le nombre de magasins a fondu de 243 à 124.

À environ 125 magasins, la haute direction croyait, en juillet 2019, que son réseau était « optimisé ». À ce moment-là, Le Château avait des visées américaines, avait-on appris au cours de l’assemblée annuelle des actionnaires. On souhaitait vendre des collections en gros à des détaillants au sud de la frontière.

Le Château a été créé en 1959 par Herschel Segal, l’actuel président exécutif et chef de la direction de DavidsTea, un autre détaillant en difficultés financières.