Un certain flou persiste sur l’avenir des boutiques de lingerie La Senza. Tandis qu’il est maintenant officiel qu’un certain nombre d’entre elles seront fermées à jamais, d’autres, situées en région, ont rouvert lundi. Mais plus près de Montréal, il est difficile d’avoir l’heure juste.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Que ce soit aux Promenades Saint-Bruno, aux Galeries d’Anjou, au Carrefour Angrignon, à Place Versailles, aux Galeries Saint-Hyacinthe, au Carrefour de Rimouski ou à Place Rosemère, les locaux des boutiques La Senza seront abandonnés.

Pour le moment, ils sont encore remplis de déshabillés et de soutiens-gorges. Mais il est écrit « cette boutique La Senza ne rouvrira pas » sur une feuille blanche collée dans la vitrine. D’ailleurs, des avis de licenciement collectif ont été transmis au ministère du Travail le 28 mai. On y apprend que 67 salariés sont visés.

Avant la pandémie, La Senza exploitait 22 magasins au Québec. Lundi, 7 ont rouvert, soit 32 % du réseau (Chicoutimi, Gatineau, Québec, Saint-Jérôme, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivières).

Ailleurs au Canada, un décompte effectué par La Vie en Rose révèle que plus de 30 magasins La Senza sur environ 100 sont définitivement fermés et qu’une quarantaine d’autres n’ont pas rouvert. Le PDG François Roberge raconte par ailleurs qu’au Proche-Orient, où sa propre enseigne est présente, « ils sont ouverts, mais il n’y pas de stock qui rentre depuis trois mois ».

Incapable de joindre les dirigeants

Le sort des autres succursales de La Senza au Québec est moins clair. Au Carrefour Laval, par exemple, la direction affirme être incapable de joindre le détaillant. Ainsi, elle ne sait pas si la boutique rouvrira et, si oui, quand. La situation est exactement la même en ce qui concerne Victoria’s Secret (qui partageait le même propriétaire, L Brands, jusqu’à l’an dernier).

Même s’il profite de la situation, François Roberge ne s’en réjouit pas. « Ça me fait toujours de la peine de voir un concurrent disparaître, car la concurrence nous force à être meilleurs. Mais ça montre que le commerce de détail ne pardonne pas. Il faut toujours être à son affaire. »

Du côté d’Ivanhoé Cambridge, la porte-parole Katherine Roux Groleau n’avait « pas d’information à fournir concernant La Senza ». Chez Cominar, on s’attend à des réouvertures.

Au service à la clientèle de La Senza — qui n’est plus offert en français —, on affirme ne pas avoir de date de réouverture pour les magasins fermés depuis mars.

Dans les boutiques, les employées n’ont pas toutes eu la même information au sujet de la région de Montréal. L’une nous annoncé que ça ouvrait la semaine prochaine, une autre a soutenu que c’était le 7 juillet et une troisième n’en avait aucune idée.

Pendant plus de deux semaines, La Presse a multiplié les démarches pour joindre le fonds d’investissement privé de Beverly Hills Regent LP, qui a acquis La Senza en 2019 des mains de L Brands (Victoria’s Secret). Les bureaux sont fermés et personne n’a répondu à nos messages transmis par écrit.

De Sherbrooke à Beverly Hills

Le destin de La Senza, dont l’histoire remonte à 1966 à Sherbrooke, n’est pas ordinaire.

On se rappellera qu’en 2006, après des années d’expansion et une entrée en Bourse, le détaillant de lingerie est passé aux mains de Limited Brands, connu mondialement pour sa marque Victoria’s Secret. Prix payé : 710 millions (48,25 $ l’action).

La Senza exploitait alors 318 magasins au Canada, et 327 autres dans 34 autres pays. Limited Brands disait d’ailleurs vouloir profiter de l’expertise de l’entreprise québécoise à l’international. Le siège social devait rester à Montréal.

« Les dirigeants de Limited Brands prétendent vouloir apprendre de nous », avait indiqué à La Presse le cofondateur Irving Teitelbaum. À la CBC, il assurait avoir « fait attention pour choisir le bon partenaire ».

Le siège social montréalais a fini par fermer. Et en 2019, Limited Brands a vendu La Senza — déficitaire — à Regent LP.

En janvier dernier, des reportages ont été publiés au sujet des fournisseurs de La Senza qui militaient pour que le détaillant soit mis en faillite, une procédure permise aux États-Unis. Sur ses 340 magasins, le tiers se trouvent au Canada.

> Lisez un reportage de la CBC sur le sujet (en anglais)