La société montréalaise de biotechnologie Repare Therapeutics a fait son entrée au Nasdaq, vendredi, par le truchement d’un premier appel public à l’épargne où 11 millions d’actions ont été émises au prix unitaire initial de 20 $ US.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

L’action de Repare Therapeutics a clôturé à 30,80 $ US. Sa capitalisation boursière dépasse déjà la barre des 1,1 milliard US. La clôture du placement aura lieu le 23 juin.

« On a suivi avec beaucoup d’excitation le décompte lors de l’émission des actions et on est tous très fiers. C’est un moment qu’on n’oubliera jamais », a raconté au téléphone Steve Forte, vice-président directeur et dirigeant principal des finances de Repare Therapeutics.

Pour une entreprise de biotechnologie, l’entrée au Nasdaq plutôt qu’à la Bourse de Toronto est plus pertinente, car la majorité des entreprises de cette industrie se retrouve à New York et qu’il sera donc plus facile d’être visible par les investisseurs intéressés par ce secteur.

Créée en 2016, Repare Therapeutics compte aujourd’hui 52 employés à Montréal et 20 à Boston. Si la société a choisi de rester à Montréal, c’est parce qu’elle a reçu au départ l’appui de nombreux investisseurs québécois, qu’un pôle important de scientifiques de haut niveau était accessible rapidement et que son PDG, Lloyd Segal, entrepreneur à la longue expérience dans le domaine de la biotechnologie, est installé dans la métropole.

Traitement contre le cancer

Repare Therapeutics développe des traitements qui visent à traiter plus d’une sorte de cancer et qui sont destinés aux patients qui ont une déficience génétique. Repare exploite un principe scientifique qui s’appelle la létalité synthétique.

C’est un peu comme le jeu de cartes Pige dans le lac, qui consiste à trouver deux cartes ayant la même couleur. Ici, on prend une cellule cancéreuse qui a une déficience génétique dans un gène et on doit trouver un deuxième gène. Quand on met ces deux gènes ensemble, ça vient tuer la cellule cancéreuse sans affecter les cellules normales.

Steve Forte, vice-président directeur et dirigeant principal des finances de Repare Therapeutics

Repare Therapeutics compte utiliser les 220 millions US pour financer, entre autres, des essais cliniques de phase 1 et 2, qui auront lieu au cours du troisième trimestre de 2020, pour un produit qui s’appelle RP-3500, un inhibiteur de l’ATR, (ataxie-télangiectasie et Rad3).

Au cours des dernières années, Repare avait réussi à aller chercher du financement de série A et B totalisant 140 millions US avec son investisseur fondateur, Versant Ventures, ainsi que MPM Capital, le Fonds de solidarité FTQ, BDC Capital, Cowen Healthcare Investments, OrbiMed, Redmile, BVF Partners L. P. et Logos Capital.

Le 26 mai, Repare avait reçu 65 millions supplémentaires en concluant un accord exclusif de collaboration de recherche avec l’entreprise pharmaceutique américaine Bristol-Myers Squibb, cotée au New York Stock Exchange.

Reconnaissance pour le savoir montréalais

Cette entrée à la Bourse de New York est une excellente vitrine pour l’industrie de la biotechnologie au Québec et au Canada, affirme BioQuébec. C’est aussi un message encourageant pour les jeunes pousses qui n’en sont qu’à leurs premières phases de développement.

Ça veut dire qu’on est capable de jouer dans la cour des grands et de faire de grandes entreprises en biotechnologie.

Anie Perrault, directrice générale de BioQuébec

« Le fait que Repare ait décidé de poursuivre la recherche et le management à Montréal, plutôt qu’à Boston, c’est vraiment une indication qu’on a la structure, les qualifications scientifiques et qu’on a des équipes de management qui sont reconnues par de grands fonds, poursuit-elle. C’est peut-être cet angle management qui manquait il y a quelques années. On était très fort en recherche et moins en management. »

Du côté de Montréal In Vivo, il s’agit d’une belle histoire à succès pour la métropole.

« C’est quand même un record, 220 millions, c’est significatif, affirme au téléphone le PDG de Montréal In Vivo, Frank Béraud. Ça démontre que l’entreprise et la technologie développée ici, à Montréal, sont de calibre mondial. Parce que, quand on fait une entrée au Nasdaq, on est en compétition contre toutes les autres entreprises des États-Unis. »

Frank Béraud croit aussi qu’il y a actuellement une occasion pour les appels publics à l’épargne dans le secteur des sciences de la vie.

« C’est quelque chose qu’on avait vu avant la crise, des investisseurs institutionnels qui ne sont pas nécessairement historiquement proches des sciences de la vie et de la santé en général, qui s’intéressent au secteur. Il y a un appétit qui a été exacerbé par la COVID-19. »