Les analystes se penchent sur un éventuel mariage entre les deux firmes

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Enrichie de 502 millions en capital frais de son émission d’actions tout juste réalisée, la firme montréalaise de génie-conseil WSP Global est en position de relancer ses approches envers sa vis-à-vis américaine AECOM, estiment des analystes qui l’ont à l’œil.

Un tel projet de fusion ou d’acquisition entre WSP et AECOM, qui créerait un colosse multinational de 15 milliards de chiffre d’affaires et de 105 000 employés, avait été le sujet de rumeurs en Bourse en début d’année, avant l’émergence de la pandémie.

Ce projet a ressurgi ces derniers jours dans les questions d’analystes et d’investisseurs auprès des hauts dirigeants de WSP, au fil de présentations en téléconférences d’investisseurs et de la réussite de l’émission d’actions.

« À ce stade-ci, ce n’est plus un secret que WSP a déjà courtisé AECOM en début d’année dans le cadre d’une combinaison potentielle. Mais après cette émission de 502 millions réalisée par WSP, nous considérons qu’il s’agit d’un financement opportuniste qui lui offre une plus grande flexibilité pour relancer son projet de combinaison avec AECOM », indiquent les analystes Benoit Poirier et Jean-François Lavoie, de Desjardins Marché des capitaux, dans un rapport exhaustif publié jeudi, au lendemain de la conclusion de l’émission d’actions.

« Les actions d’AECOM ont réagi positivement à l’émission d’actions de WSP, ce qui présume d’un “réchauffement” potentiel de leur projet de combinaison qui avait été ébruité en début d’année », constate l’analyste Maxim Sytchev, de la Financière Banque Nationale (FBN), dans un rapport publié mercredi, au lendemain d’une téléconférence d’investisseurs avec de hauts dirigeants d’entreprises québécoises d’envergure, qui avait été organisée par sa firme.

Durant cette téléconférence, rapporte l’analyste de la FBN, « les dirigeants de WSP ont réitéré qu’en dépit de l’augmentation de ses capitaux propres, leur priorité demeurait la gestion des opérations opérationnelles et qu’ils considèrent [comme] prématuré de commenter les rumeurs de fusions et acquisitions. De plus, ils considèrent que les attentes des vendeurs d’actifs sont encore “irréalistes” et qu’ils ne sont pas pressés d’agir alors que WSP se positionne solidement pour la sortie de crise de pandémie ».

N’empêche, ajoute l’analyste Maxim Sytchev, « ma lecture de la situation est que les deux entreprises ne sont pas étrangères l’une à l’autre, ayant déjà travaillé ensemble sur des projets dans le passé. De plus, l’expertise d’AECOM dans les transports, les bâtiments et l’environnement pourrait compléter parfaitement les activités de WSP ».

Une combinaison « logique »

De l’avis des analystes Benoit Poirier et Jean-François Lavoie, chez Desjardins, « une combinaison entre WSP et AECOM est logique tant sur le plan stratégique que [sur le plan] financier ».

Parmi ses principaux atouts, ils citent « le potentiel important de croissance de rentabilité et de création de valeur d’entreprise » qui découlerait de « nouvelles opportunités de se développer sur des marchés stratégiques et très attrayants tels que la gestion de grande construction et les services-conseils en environnement ».

Quant à la façon de WSP de réaliser une telle transaction d’ampleur « transformatrice » – la troisième de son histoire –, les analystes Poirier et Lajoie envisagent deux scénarios.

« Le premier scénario d’une acquisition d’AECOM par WSP serait réalisable. Mais à un montant prévisible autour de 10 milliards CAN, considérant une prime de 20 % sur la valeur boursière des actions d’AECOM, WSP aurait besoin d’effectuer une importante émission de titres de dette pour se financer », indiquent les analystes.

« Le deuxième scénario d’une fusion d’égal à égal entre WSP et AECOM serait certes plus complexe à réaliser, mais [il] en vaudrait la peine parce que moins risqué financièrement et la meilleure option pour leurs actionnaires. »