Bombardier n’est pas à la recherche d’aide gouvernementale à court terme, a assuré jeudi son nouveau président et chef de la direction, Éric Martel, qui se dit aussi bien conscient du besoin de réconcilier l’entreprise avec les Québécois.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Notre travail est d’avoir assez de liquidités pour traverser la crise, et actuellement, nous n’avons pas besoin d’appui gouvernemental », a affirmé M. Martel lors d’un point de presse tenu à l’issue de l’assemblée annuelle des actionnaires de Bombardier, jeudi.

« Nous gardons toujours le gouvernement fédéral et celui du Québec au courant de ce qui se passe, pour qu’ils ne soient pas pris par surprise si jamais nous devions avoir besoin d’eux. […] Dépendamment des différents scénarios et des choses qui pourraient se passer, je n’écarte pas cette possibilité d’avoir des discussions avec les gouvernements, mais pour l’instant, je n’ai pas besoin de dire à un gouvernement : “J’ai absolument besoin de votre aide”, et ma préférence serait d’avoir des solutions privées plutôt que gouvernementales. »

M. Martel a par ailleurs reconnu que l’entreprise, qui est « encore de loin le plus gros employeur en aéronautique à Montréal », avait besoin de regagner le cœur des Québécois.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Éric Martel, président et chef de la direction de Bombardier

« Il faut retrouver une fierté par rapport à Bombardier. Je peux comprendre, et on va être très humbles, que les gens ont pu être déçus de nous au cours des dernières années, pour différentes raisons. On peut débattre longtemps à savoir s’ils avaient raison ou pas, mais je pense que Bombardier continue de créer beaucoup de valeur pour le Québec. »

Selon des calculs de l’entreprise, la Caisse de dépôt aura réalisé un profit d’environ 1,5 milliard de dollars canadiens dans le cadre de ses trois placements dans Bombardier Transport totalisant 1,935 milliard de dollars américains, soit un rendement supérieur à 50 %, lorsque la vente de cette division à Alstom sera conclue.

Ça, ça va dans le bas de laine des Québécois et tous les Québécois profitent de ça.

Éric Martel

Même après que la société s’est départie de son secteur ferroviaire, les revenus de Bombardier devraient avoisiner les 10 milliards annuellement. « Des compagnies de 10 milliards au Québec, on n’en a pas une tonne », a-t-il rappelé.

M. Martel et son équipe viennent d’amorcer une réflexion qui devrait mener, à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine, à la publication d’un nouveau plan d’affaires pour l’entreprise.

Questionné sur le risque de voir l’entreprise dorénavant entièrement dépendante d’un marché cyclique, celui de l’aviation d’affaires, M. Martel a éclairé des pistes qui pourraient permettre de réduire ce risque, soit un accent accru sur les revenus de maintenance des quelque 5000 avions d’affaires Bombardier en circulation et la vente d’appareils convertis pour des missions gouvernementales. Une percée dans le secteur militaire est aussi « une option », a-t-il affirmé.

Indemnité de départ

Au cours de l’assemblée annuelle, le président du conseil d’administration, Pierre Beaudoin, a défendu la rémunération versée à l’ancien président et chef de la direction, Alain Bellemare, lors de son départ.

« Le conseil a respecté ses dispositions contractuelles, lesquelles ont été négociées de bonne foi et ne sont pas atypiques quand on prend le temps de les comparer avec ce qu’on peut observer au sein de plusieurs autres sociétés publiques canadiennes et américaines », a déclaré M. Beaudoin, en lisant une déclaration préparée.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

M. Bellemare a quitté l’entreprise en mars dernier avec des indemnités dont la valeur pourrait atteindre 16 millions de dollars canadiens, si elles devaient toutes se matérialiser à leur pleine valeur. Il s’était installé aux commandes en 2015, à un moment où l’entreprise était menacée de faillite.

Il a mené une suite de ventes d’actifs – C Series, Q400, CRJ, usines aéronautiques, Bombardier Transport – pour tenter de juguler l’immense dette, mais n’a pu convaincre les marchés. Sous sa gouverne, la valeur du titre de l’entreprise a été divisée par cinq.

Contestée par des actionnaires institutionnels importants, dont la Caisse de dépôt, la politique de rémunération de l’entreprise a néanmoins été entérinée par 94,52 % des actionnaires lors d’un vote consultatif tenu lors de l’assemblée.

Fait à noter, l’entreprise n’a pas donné la parole à ses actionnaires lors de cette assemblée, exceptionnellement tenue de façon virtuelle. Ceux-ci devaient soumettre leurs questions par écrit. Normalement animée, l’assemblée n’a ainsi vu qu’un seul actionnaire, le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC), poser une question.