Après avoir cogné à la porte de plus de 115 acquéreurs potentiels dans l’espoir de relancer l’usine de cellulose située à Thurso, en Outaouais, le gouvernement Legault, qui n’a pas été en mesure de trouver un repreneur, devra continuer à mettre des millions sur la table.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Québec s’est engagé mardi à assumer les frais conservatoires, comme le chauffage, les assurances et la sécurité, de l’usine fermée depuis octobre dernier, ce qui devrait représenter une facture annuelle oscillant aux alentours de 2 millions. Elle s’ajoute aux 6 millions injectés depuis décembre dernier, lorsque Fortress s’est placée à l’abri de ses créanciers, afin d’assurer la maintenance du site.

« Il faut toutefois reconnaître que la conjoncture n’est pas favorable au modèle d’affaires de Fortress et ne se renversera pas à court terme », a-t-on fait valoir dans un communiqué signé par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, celui des Forêts, Pierre Dufour, et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe.

Quelque 200 employés représentés par le syndicat Unifor travaillaient à l’usine de Thurso au moment de sa fermeture.

L’automne dernier, dans l’espoir de sauver sa mise de plus de 100 millions dans le projet de conversion de l’usine, l’État québécois avait lancé une autre bouée de sauvetage à Fortress. On avait consenti un prêt de 2 millions après avoir prêté 5 millions à la société de la Colombie-Britannique plus tôt dans l’été.

Au moment d’interrompre les activités à Thurso, la compagnie avait blâmé la dispute commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui, selon elle, avait entraîné une baisse de la demande chinoise pour les vêtements et les tissus, provoquant un recul de la demande pour la pâte dissolvante ainsi qu’une chute marquée des prix.

Bien qu’Unifor aurait préféré qu’un acquéreur se manifeste, son directeur québécois, Renaud Gagné, s’est réjoui de l’engagement du gouvernement Legault.

« Dans l’intervalle, il faut assurer le maintien des équipements, a-t-il souligné dans une déclaration. Car imaginez avoir à reconstruire une telle usine ! Ça coûterait au bas mot 1,5 milliard. »

L’État, par l’entremise d’Investissement Québec (IQ), avait prêté 106 millions à Fortress en 2010 quand l’entreprise avait acquis l’usine de Thurso, qui était fermée, pour convertir sa production de la pâte kraft vers la pâte dissolvante, utilisée par les fabricants de vêtements et de tissus. La facture du projet était initialement estimée à 175 millions, mais en raison de dépassements de coûts, elle est passée à plus de 300 millions.

En raison des difficultés du site de Thurso, le gouvernement Legault avait déjà consenti à prolonger, jusqu’au 31 mars 2021, le moratoire entourant le remboursement du prêt. Rien ne garantit que Québec puisse récupérer sa mise au terme de la restructuration de Fortress, supervisée par les tribunaux.