La direction de DavidsTea ne sait toujours pas à quel moment elle rouvrira des boutiques, ni combien. Mais elle sait qu’elle en veut moins et n’exclut pas la possibilité de se placer à l’abri de ses créanciers pour y arriver.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Si nous ne parvenons pas à négocier avec nos propriétaires pour optimiser notre empreinte commerciale afin de refléter les nouvelles circonstances, nous devrons peut-être poursuivre une restructuration officielle pour ce faire », indique le détaillant de thé dans un communiqué diffusé en fin de journée lundi.

Un processus supervisé par les tribunaux permettrait à l’entreprise montréalaise de casser des baux. Dans un document transmis aux autorités américaines (les actions de DavidsTea sont cotées sur le NASDAQ), le détaillant précise qu’il loue « tous ses locaux » et que « typiquement », ses baux sont d’une durée de 10 ans.

DavidsTea n’a pas précisé combien de magasins il aimerait continuer d’exploiter au Canada et aux États-Unis, sur 220. Pour le moment, ils sont tous fermés – et ce, depuis le 17 mars – même là où c’est permis par les autorités d’être ouvert.

L’entreprise jure avoir « des plans visant à tester la réouverture de certains magasins ». Mais elle prend soin de prévenir les actionnaires qu’elle attendra d’avoir « une vision plus claire de la façon dont la pandémie se déroule » avant de mettre ses plans en œuvre.

La haute direction semble avoir plus de certitudes en ce qui concerne ses ventes en ligne et en gros à « 2500 supermarchés et pharmacies ». En téléconférence avec les investisseurs, la haute direction a insisté sur la « solide performance » de ces deux canaux et affirmé que cela lui « inspire confiance » quant à sa « stratégie de transformation ».

« Notre succès futur dépend en grande partie de notre capacité à nous retirer stratégiquement des magasins de détail non rentables », a ajouté le chef de la direction financière et de l’exploitation, Frank Zitella. À son avis, la fermeture des magasins, en raison de la COVID-19, a démontré « clairement la nécessité d’un changement dans des délais accélérés ».

L’entreprise n’a pas souhaité accorder d’entrevue à La Presse.

Aucun loyer payé depuis trois mois

DavidsTea a par ailleurs précisé qu’elle n’avait pas payé ses loyers d’avril, mai et juin.

En conséquence, l’entreprise a reçu des avis de défaut de paiement de 37 propriétaires représentant 53 magasins et des avis de report de loyer de la part de 13 propriétaires représentant 60 magasins.

Dans ces deux cas de figure, la direction a « décidé de résilier le bail [ou est] en train de discuter avec les propriétaires de la résolution de la situation actuelle ». Et elle prévient les actionnaires qu’elle ne peut « fournir aucune assurance qu’un accord ou une résolution concernant ces baux sera conclu ».

La Presse a récemment publié un texte sur le fait que DavidsTea avait été évincé d’un local de la rue Saint-Viateur, à Montréal, et d’un autre à Ottawa. Les propriétaires des lieux affirmaient ne pas être en mesure de communiquer avec le détaillant.

Encore une perte, mais moindre

Ce fut aussi l’occasion lundi de découvrir les résultats du quatrième trimestre, une période cruciale puisqu’elle inclut la fête de Noël. DavidsTea a réalisé des ventes de 73,5 millions, en baisse de 11,6 %. Les ventes comparables – une donnée clé dans l’industrie – ont reculé de 17,3 %.

Au cours de la période close le 1er février, les ventes en ligne et de gros ont au contraire bondi de 18,5 %. La perte nette s’est établie à 5,7 millions, ce qui se compare à une perte de 13,3 millions pour le trimestre correspondant de l’exercice précédent.

Pour l’ensemble de l’exercice, le détaillant a réalisé une perte nette de 31,2 millions (ce qui se compare à une perte nette de 33,5 millions un an plus tôt) sur des ventes de 196,5 millions (- 7,7 %).

DavidsTea a par ailleurs dévoilé quelques informations financières relatives à la pandémie. Après la fermeture des magasins, soit du 18 mars au 30 mai, les ventes en ligne ont augmenté de 268,2 % et les ventes de gros, de 81,1 % par rapport à la même période de l’exercice précédent.

La semaine dernière, l’entreprise a annoncé qu’elle reportait de 45 jours, soit au 31 juillet, la publication de ses résultats du premier trimestre.

En Bourse, le titre a terminé la séance à 1,20 $ US, en hausse de 14 %.