Transat a connu l’une de ses rares bonnes journées depuis longtemps, jeudi, avec la publication de résultats financiers supérieurs aux attentes qui ont été accueillis avec entrain par les investisseurs et avec l’annonce d’une relance de ses activités le 23 juillet.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Dans un marché fortement déprimé, l’action de Transat a clôturé la journée à 6,43 $ à la Bourse de Toronto, en hausse de 5,4 %, après avoir grimpé jusqu’à 18 % à un certain moment de la journée.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

L’action de Transat A.T. depuis un an

Grosse perte… sur papier

Transat a présenté une retentissante perte nette de 179,5 millions au deuxième trimestre, terminé le 30 avril. Elle se compare à une perte de 0,9 million l’année dernière.

Plus de 143 millions de cette perte sont toutefois attribuables à des éléments extraordinaires « sur papier », comme des baisses de valeur de contrats de couverture pour le carburant (89 millions) ou la diminution du taux de change (32,4 millions). Ces deux éléments ont déjà repris de la valeur depuis le 30 avril (environ 40 millions et 24 millions respectivement), a fait savoir le chef de la direction financière, Denis Pétrin.

Avant la COVID-19, au terme du mois de février, Transat se dirigeait vers son meilleur hiver depuis 2009, avec un résultat d’opération ajusté en avance de 63 millions, a aussi indiqué M. Pétrin.

« Nous étions en voie de revenir à la profitabilité, à tout le moins d’atteindre l’équilibre, pour la saison hivernale, après des années de pertes durant celle-ci », a affirmé le président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache.

Pas la catastrophe anticipée

Les résultats de Transat ont battu les prévisions, évidemment fort pessimistes dans les circonstances, des analystes financiers. C’est particulièrement vrai en ce qui a trait à ses liquidités.

L’entreprise, a expliqué M. Pétrin, est parvenue à réduire ses coûts mensuels fixes d’environ 60 millions à 10 ou 15 millions. La mise à pied de 85 % de son personnel, dont les salaires représentaient environ 35 millions par mois, y a évidemment largement contribué.

« Au net (en excluant les dépôts des clients et les revenus différés), l’entreprise dispose de 409 millions de liquidités, bien au-delà de notre prévision de 247 millions, a expliqué à ses clients dans une note l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins. En assumant une consommation de 40 à 45 millions par mois pendant que les opérations sont suspendues, nous estimons que Transat dispose de 9 à 10 mois de liquidités (ou 3 mois en excluant les sommes réservées). »

C’était avant que la direction de Transat ne révèle que ses frais fixes étaient en fait nettement inférieurs à cette estimation.

Des remboursements… avec de l’aide

M. Eustache a profité de l’occasion pour expliquer la position de son entreprise sur la très délicate question des remboursements des voyages annulés en raison de la pandémie.

« [Les crédits voyage] sont une option satisfaisante dans les circonstances pour la plupart de nos clients, a-t-il commencé. Cela dit, nous comprenons pleinement que certains d’entre eux n’ont pas l’intention ou la capacité de voyager et voudraient un remboursement. Nous aimerions aussi être capables de le faire, à condition que l’impact ne soit pas excessif.

« Beaucoup a été dit à propos des entreprises américaines et européennes, à qui leurs gouvernements ont ordonné d’émettre des remboursements. Ce qui passe souvent inaperçu, c’est que ces demandes gouvernementales sont accompagnées de plans d’aide qui ne sont pas du tout dans les mêmes proportions que ce que nous voyons au Canada. »

L’industrie aérienne canadienne n’a reçu aucune aide spécifique, a-t-il rappelé. Transat profite de la Subvention salariale du Canada, mais 85 % de ce qu’elle reçoit est envoyé à des employés mis à pied, qui ne lui auraient rien coûté sans elle.

« Il reste 15 %, c’est bien peu pour une compagnie aérienne », a jugé M. Eustache.

Transat évalue les crédits voyage émis au 30 avril dernier, et donc les remboursements qu’elle devrait théoriquement effectuer, à 416 millions.

Air Canada « de bonne foi »

La hausse du titre de Transat, hier, le laisse encore très loin des 18 $ promis par Air Canada, signe que les marchés ne croient plus à la conclusion de cette transaction, du moins dans les conditions prévues.

Pour la première fois hier, la direction de Transat a entrouvert la porte à la possibilité qu’elle ne se matérialise pas.

« Bien que la Société demeure fermement engagée envers la réalisation de la transaction avec Air Canada, certains facteurs hors de son contrôle et liés à la pandémie de COVID-19 pourraient influencer le résultat de l’arrangement proposé, a-t-elle écrit dans un communiqué. Les conditions de marché de l’industrie mondiale ont été transformées du tout au tout. […] Ceci pourrait impacter la possibilité d’arriver à une entente avec les autorités réglementaires au niveau d’un ensemble adéquat de mesures correctives visant à obtenir les approbations nécessaires. »

« Nous nous assurons que, peu importe ce qui arrive, nous serons prêts à faire face à la situation », a aussi affirmé M. Eustache.

Le vice-président aux communications et aux ressources humaines de Transat, Christophe Hennebelle, a précisé jeudi que les deux parties agissaient actuellement « de bonne foi » pour respecter l’accord d’arrangement et faire en sorte que les autorités européennes et canadiennes donnent leur accord au regroupement.

De retour le 23 juillet

Cloués au sol depuis le 1er avril, les premiers avions d’Air Transat devraient reprendre le ciel le 23 juillet, a par ailleurs annoncé l’entreprise jeudi.

Le réseau devrait comporter 22 destinations internationales. L’entreprise liera Montréal à Athènes, Lisbonne, six villes françaises dont Paris, Cayo Coco, Cancún, Fort Lauderdale, Punta Cana et Port-au-Prince, en plus de Toronto, Calgary et Vancouver. Tous les vols prévus au départ de Québec, notamment, ont toutefois été annulés.

L’entreprise estime qu’elle offrira ainsi environ 20 % de la capacité offerte à pareille date l’an dernier. Elle a ouvert la porte à une augmentation de la capacité en septembre et en octobre, en fonction de la demande.

Des mesures, regroupées sous l’appellation « Protection Voyageur », seront par ailleurs mises en place pour limiter les risques d’infection.

L’entreprise s’est dite relativement optimiste pour la reprise. Les deux créneaux largement perçus comme étant ceux dans lesquels l’activité reprendra le plus rapidement, la visite des proches et le loisir, sont ceux dans lesquels œuvre Transat, s’est réjoui M. Eustache.