La vente de Bombardier Transport à Alstom sera scrutée à la loupe au cours des prochaines semaines par les autorités réglementaires européennes, qui se donnent jusqu’au 16 juillet pour se prononcer à l’égard de cette transaction annoncée en février.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Un feu vert de la Commission européenne est essentiel pour permettre au géant français de mettre la main sur la division ferroviaire de la multinationale québécoise, valorisée à 8,2 milliards US et très présente en Europe. La commission vient d’être officiellement notifiée par Alstom.

À l’hiver 2019, les autorités européennes avaient fait dérailler le mariage entre la société allemande Siemens et Alstom. Des observateurs se sont demandé si le même sort serait réservé au projet de Bombardier et Alstom, dont la clôture est prévue dans la première moitié de 2021.

« La notification […] marque une étape importante pour la transaction proposée, qui progresse conformément au plan, a souligné par courriel un porte-parole de l’entreprise québécoise, Eric Prud’homme. Nous saluons cette étape du processus. »

De son côté, Alstom a fait savoir que les modalités de la transaction annoncée en février dernier n’avaient pas changé.

Même s’il y avait déjà des échanges avec la Commission européenne, la notification constitue le « coup d’envoi » officiel au processus réglementaire, a indiqué une porte-parole, Michelle Stein.

Plusieurs options

D’ici la mi-juillet, la Commission européenne pourrait donner son feu vert, imposer des conditions ou se pencher davantage sur la transaction, ce qui paverait la voie à une enquête approfondie — comme elle l’a fait pour l’acquisition du voyagiste Transat A.T. par Air Canada — qui s’échelonnerait sur quelques mois.

Ensemble, Alstom et Bombardier Transport devraient générer des revenus d’environ 18 milliards US. Cela demeure toutefois loin du chiffre d’affaires de quelque 34 milliards US du géant chinois CRRC, le numéro un de l’industrie qui lorgne le Vieux-Continent.

La présence de CRRC risque de peser dans l’évaluation de la Commission européenne, selon le professeur titulaire au Département de management à HEC Montréal Louis Hebert, spécialisé dans les fusions et acquisitions.

« À partir du moment où l’on prend cela en compte (la présence de CRRC), soudainement, la donne peut changer, a-t-il souligné au cours d’un entretien téléphonique. C’est sans doute l’un des facteurs que les avocats de part et d’autre vont faire valoir. Je pense qu’elles (les autorités européennes) vont aller de l’avant, mais avec certaines conditions. »

Un autre chapitre clos

La transaction devrait permettre à Bombardier d’obtenir entre 4,2 milliards US et 4,5 milliards US. Cette vente mettrait fin à une aventure qui s’est échelonnée sur cinq décennies dans le secteur du matériel roulant.

Bombardier, qui tiendra son assemblée annuelle des actionnaires vendredi prochain, utiliserait le produit récolté pour réduire sa lourde dette de plus de 9 milliards US.

Parallèlement, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui détient maintenant 36 % des activités de matériel roulant de Bombardier à la suite d’une récente injection de 386 millions US, deviendra le plus important actionnaire de la société française dans la foulée de l’arrangement avec une participation estimée à 18 %.

La participation du bas de laine des Québécois sera échangée contre des actions d’Alstom en plus d’un investissement supplémentaire d’environ 1 milliard US dans l’entreprise, au prix de 44,45 euros par action. Le titre d’Alstom vaut toutefois actuellement environ 42 euros.

La vente de Bombardier Transport sera payante pour l’ex-patron de l’entreprise Alain Bellemare, qui pourra toucher 4,9 millions en deux versements. D’autres hauts dirigeants de la société auront également droit à des paiements non récurrents de plus de 1 million.

En cédant sa division ferroviaire, Bombardier concrétisera une série de transactions qui se sont notamment soldées par une sortie de l’aviation commerciale — vente des avions turbopropulsés Q400, jets régionaux CRJ, l’ex-C Series et la division aérostructures — dans le cadre d’un recentrage vers le secteur des jets d’affaires.

À la Bourse de Toronto, vendredi, en mi-journée, le titre de la compagnie cotait à 51 cents, en hausse de trois cents, ou 6,25 %.