(Londres) Les compagnies aériennes British Airways, EasyJet et Ryanair ont décidé d’attaquer en justice le gouvernement britannique afin de mettre fin à la quarantaine imposée aux voyageurs arrivant au Royaume-Uni à l’approche de la saison estivale.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Elles estiment vendredi dans un communiqué commun que la quarantaine en place depuis lundi pour au moins trois semaines « va avoir un effet dévastateur sur le tourisme britannique et l’économie, et va détruire des milliers d’emplois ».  

Les trois compagnies, qui, fait rarissime, parlent d’une seule voix,  ont demandé que l’affaire soit entendue par la justice aussi vite que possible.

Selon elles, la quarantaine est beaucoup trop contraignante, n’est fondée sur aucune consultation ni preuve scientifique.

Elles soulignent que la mesure compte des exemptions comme pour les Français et Allemands qui se rendent chaque semaine dans le pays, et vise des voyageurs en provenance de pays où les taux de contamination au nouveau coronavirus sont bien inférieurs à ceux du Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique avait laissé entendre qu’il pourrait mettre en place des ponts aériens vers certains pays afin de ne pas compromettre le redémarrage du tourisme tant attendu par le secteur aérien.

Mais l’Espagne, l’une des destinations de vacances les plus populaires pour les Britanniques, a indiqué cette semaine ne pas être en discussions avec Londres sur une telle mesure.

Les trois compagnies aériennes doutent de ce dispositif et demandent plutôt au gouvernement de réinstaurer la quarantaine introduite le 10 mars, qui ne valait que pour les voyageurs en provenance de pays à haut risque.

Selon le patron d’Heathrow, John Holland-Kaye, la quarantaine menace 25 000 emplois, soit un tiers des effectifs totaux de l’aéroport londonien.

Une reprise « torpillée » ?

Confronté à un arrêt brutal de son activité depuis de longues semaines, le secteur aérien a prévu une reprise très progressive des vols cet été, espérant une réouverture des frontières en Europe.

Easyjet recommence notamment certains vols sur des trajets intérieurs à partir de lundi.

Faire voler à nouveau leurs avions est crucial pour les compagnies qui sont privées de chiffres d’affaires et jouent leur survie dans cette crise, au prix de milliers de suppressions d’emplois qui pourraient atteindre 70 000 pertes directes et indirectes sous trois mois dans le secteur, d’après une étude publiée mercredi.  

Mais leurs plans de reprise des vols ont été perturbés par la quarantaine.

Le patron du groupe IAG, propriétaire de British Airways, avait estimé récemment qu’elle allait « torpiller » le programme de reprise des vols en juillet.

Le tonitruant patron du transporteur irlandais Ryanair, Michael O’Leary, n’a pas eu de mots assez durs contre la mesure, estimant que les voyageurs européens seront « terrifiés » à l’idée de la quarantaine.

Ryanair a par ailleurs fustigé jeudi les recommandations du gouvernement britannique de limiter les bagages à main dans les avions. La compagnie estime qu’au contraire ils présentent moins de risques puisque ne sont manipulés que par les voyageurs contrairement aux bagages en soute qui passent entre plusieurs mains.

Au-delà du transport aérien, c’est l’ensemble du secteur touristique qui est préoccupé, notamment l’hôtellerie et la restauration, particulièrement touchées par le confinement.

Selon une étude du cabinet Survey Monkey publié en début de semaine, les entreprises de voyages et d’hôtellerie pensent licencier jusqu’à 60 % de leur personnel du fait de la quarantaine.

Cette dernière, d’une durée de 14 jours, sera réévaluée toutes les trois semaines et concerne toutes les arrivées par terre, mer et air, que les voyageurs résident ou pas au Royaume-Uni.

Des contrôles aléatoires seront mis en place et les contrevenants s’exposent à une amende de 1000 livres (1122 euros). Des exceptions sont prévues pour les transporteurs routiers, les personnels de santé, les cueilleurs de fruits ou les voyageurs en provenance d’Irlande.

Face à des parlementaires ayant exprimé leurs interrogations, la ministre de l’Intérieur Priti Patel avait assuré la semaine dernière que la mesure était fondée scientifiquement et « essentielle pour sauver des vies ».