Le nouveau PDG québécois d’IBM Canada, Claude Guay, arrive en poste en pleine COVID-19

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

IBM est probablement la plus connue et en même temps la plus méconnue des grandes entreprises. La plus que centenaire International Business Machines est mystérieuse pour le commun des mortels depuis qu’elle a abandonné les produits grand public au début des années 2000. Ce paradoxe, le nouveau patron d’IBM Canada, Claude Guay, le connaît bien et entend bien contribuer à le déboulonner.

Le Québécois, bachelier en 1984 en ingénierie industrielle de Polytechnique Montréal, a accordé à La Presse sa première entrevue depuis sa nomination le mois dernier. Mais il n’a pas encore pris possession de ses bureaux officiels au siège social d’IBM Canada, à Markham, en banlieue de Toronto. Confinement oblige, c’est de sa maison de campagne à Magog qu’il mène ses activités.

« Pourquoi IBM n’est pas aussi connue ? Depuis qu’on ne vend plus de PC, on est sorti du marché du consommateur. Notre mission essentielle est maintenant de fournir des services et des solutions informatiques aux entreprises et aux gouvernements. On est comme les plombiers en arrière-plan qui font fonctionner ce que nos clients offrent aux consommateurs. »

Un « vrai entrepreneur »

Au bout du fil, M. Guay rit quand on lui demande pourquoi un Québécois francophone a été choisi à la tête de la filiale canadienne de ce géant de l’informatique. La réponse courte : il a fait ses classes dès 1984, alors qu’il a entamé sa première carrière chez IBM Canada comme responsable des ventes et du marketing. Entre 1995 et 2012, il a quitté IBM, fondé deux entreprises, a été PDG de la firme de logiciels Accovia et chef des services informatiques chez Gildan de 2006 à 2008.

Depuis son retour chez IBM en 2012, il a essentiellement œuvré comme « associé » pour les services d’affaires mondiaux. « J’ai été un vrai entrepreneur, j’ai eu le plaisir de goûter aux joies des petites entreprises, où on comprend vite la différence entre un compte payable et un compte à recevoir, l’importance de l’argent disponible dans ton compte en banque », dit M. Guay.

En 2020, IBM n’a plus grand-chose à voir avec l’entreprise fondée en 1911 et qui a créé le PC en 1980, en collaboration avec Microsoft. La branche PC a été vendue à Lenovo en 2004 et ce sont les services aux entreprises et institutions qui constituent aujourd’hui l’essentiel des revenus de 77,1 milliards US en 2019. L’infonuagique, à elle seule, représente dorénavant 27 % de ses revenus, deux fois plus que le segment « matériel et logiciels informatiques ». La seule usine au monde d’IBM spécialisée dans l’assemblage et l’essai de semiconducteurs, au cœur des serveurs de l’entreprise, est à Bromont.

Watson et discrétion

M. Guay convient qu’il est plus facile d’expliquer au grand public la raison d’être de son entreprise quand on vend directement des biens, téléphones, tablettes et ordinateurs aux consommateurs comme le font Apple et Microsoft. « Ma mère me demande parfois ce qu’on fait… », précise le PDG. Et pourtant, souligne-t-il, IBM intervient dans la vie de centaines de millions de personnes à travers les entreprises, institutions et gouvernements qu’elle dessert.

Son intelligence artificielle, Watson, qui est en fait une plateforme composée de plusieurs modules, est utilisée par des institutions financières et Air Canada, « mais le nom d’IBM n’apparaît pas », précise-t-il. L’application proposée par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour faciliter le retour au travail a été développée « à la vitesse grand V » avec l’aide d’IBM.

Plus globalement, IBM se positionne comme un partenaire des entreprises et organisations qui veulent moderniser leurs infrastructures informatiques, utiliser l’infonuagique et l’intelligence artificielle, accéder à ce qu’on appelle depuis des années la « transformation numérique ».

Le PDG croit, comme bien des observateurs, que la crise de la COVID-19 va accélérer cette tendance, avec le recours en forte hausse au télétravail et aux transactions en ligne. « Les systèmes informatiques “patrimoniaux” qu’on a depuis 25 ou 30 ans ne peuvent faire la job quand la demande explose, qu’une application attire tout à coup deux millions d’utilisateurs, que tes employés travaillent de l’extérieur, dit-il. Nous, on est capables d’aider nos clients à monter, de les amener à l’ère moderne, on a développé des logiciels dans ces domaines-là. »

IBM Canada en bref

Fondée en 1917
8 millions de transactions bancaires gérées par jour
512 millions de budget de R et D en 2018
Centres infonuagiques à Drummondville et Toronto
Deux centres d’innovation client, dont un à Montréal
350 000 employés dans le monde (donnée non fournie pour le Canada)