(Calgary) Le géant des sables bitumineux Suncor Énergie suspend plusieurs projets et réduit de 26 % son budget de dépenses en immobilisations pour 2020 pour s’ajuster à la baisse des cours du pétrole liée à une guerre de prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, et à la réduction de la demande attribuable à la pandémie de COVID-19.

Dan Healing
La Presse canadienne

Le producteur et raffineur établi à Calgary, qui exploite aussi les stations-service Petro-Canada, réduit de 1,5 milliard son budget de dépenses en immobilisations pour qu’il s’établisse dans une fourchette comprise entre 3,9 milliards et 4,5 milliards.

« Les chocs simultanés sur l’offre et la demande ont une répercussion importante sur l’industrie pétrolière mondiale », a affirmé lundi le chef de la direction de Suncor, Mark Little.

« Nous ajustons nos plans de dépenses et d’exploitation afin d’être prêts dans l’éventualité où le contexte commercial actuel persisterait pendant une période prolongée. »

Les actions de la société ont clôturé mardi à 17,42 $ à la Bourse de Toronto, en hausse de 2,01 $, ou 13 %. Elles s’échangeaient à plus de 40 $ par action à la fin du mois dernier.

« Nous avons pris des décisions pour reporter certains travaux et certaines de ces décisions auront un impact immédiat pour nos entrepreneurs, ainsi qu’un impact potentiel pour certains employés », a observé une porte-parole de Suncor, Erin Rees, dans un courriel.

« Nous engagement à mettre les gens à l’avant-plan nous tient à cœur et nous ne prenons pas ces décisions à la légère. »

Les compressions de Suncor suivent les réductions de plusieurs milliards d’autres grands acteurs des sables bitumineux, dont Canadian Natural Resources, Cenovus Energy et Husky Energy.

Suncor a également réduit ses prévisions de production pour 2020. Il prévoit dorénavant produire l’équivalent de 760 000 barils de pétrole par jour cette année, une baisse de 60 000 barils par jour par rapport à ses prévisions précédentes. Cette révision à la baisse est attribuable, en partie, à un plan qui verra le nombre de trains de production de sa mine de sables bitumineux Fort Hills passer de deux à un, et au report intentionnel au mois de mai de la reprise des activités au site de sables bitumineux thermiques de MacKay River, en raison de la faiblesse des prix du bitume.

« Dans l’ensemble, la mise à jour de la société montre des réductions plus importantes des investissements et de la production que celles que nous avions faites dans nos ajustements préliminaires d’estimation, il y a quelques semaines », a observé l’analyste Jon Morrison, de la Banque CIBC, dans un rapport.

« Cependant, cela n’est pas étonnant, puisque le marché macro s’est détérioré depuis ce temps. »

En raison de la remise à plus tard des dépenses, Suncor repousse de deux ans son objectif à moyen terme d’ajouter 2 milliards à ses flux de trésorerie disponibles annuels, pour viser désormais 2025, plutôt que 2023.

Les projets suspendus pour une période pouvant aller jusqu’à deux ans comprennent un plan de 1,4 milliard annoncé en septembre pour installer deux unités de cogénération à son usine de base des sables bitumineux, dans le nord de l’Alberta, ce qui aurait réduit les émissions de gaz à effet de serre de l’installation.

Suncor arrête également les travaux sur une centrale éolienne de 300 millions, dans le sud de l’Alberta, approuvée en décembre.

Dimanche, Husky a annoncé qu’elle suspendrait d’importants travaux de construction pour son projet West White Rose, au large de Terre-Neuve.

Suncor détient une participation de 26 % dans ce projet, qui est à moitié achevé et devait produire 75 000 barils par jour de pétrole lors de sa mise en service en 2022.

Suncor a précisé qu’elle poursuivrait la construction de pipelines d’interconnexion entre son usine de base et les activités de sables bitumineux de Syncrude, à proximité, et qu’elle achèverait le déploiement de camions de transport sans conducteur à sa mine de sables bitumineux de Fort Hills.

La société affirme qu’elle réduira ses dépenses d’exploitation totales de plus d’un milliard de dollars cette année, par rapport à celles de 11,2 milliards en 2019, mais elle n’a pas précisé quelle incidence cela aurait sur son effectif.

Elle a ajouté s’attendre à une baisse générale de la demande pour ses produits raffinés, mais n’a pas encore ajusté ses prévisions en raison d’une « grande incertitude » entourant une éventuelle réduction de la production ou la conservation en stocks de la production invendue.