Les grandes compagnies aériennes du Canada se trouvent en relative bonne position alors qu’elle entrent dans la tempête financière déclenchée par la pandémie de COVID-19, mais les acteurs régionaux pourraient trouver plus difficile de rester à flot, estiment des experts.

Christopher Reynolds
La Presse canadienne

Air Canada, qui a annoncé la mise à pied de plus de 5100 agents de bord et la suspension de la plupart de ses vols à l’étranger d’ici la fin du mois, dispose d’un coussin de 7,3 milliards, plus imposant que celui du transporteur le plus rentable aux États-Unis, Delta Air Lines.

WestJet Airlines a réduit de moitié sa capacité intérieure et annulé toutes ses vols outre-mer et aux États-Unis pendant 30 jours. La ligne aérienne a dégagé des profits trimestriels pendant 14 années consécutives, à l’exception d’un trimestre en 2018. Elle est maintenant à l’abri du jugement du marché boursier, depuis son acquisition par Onex, en décembre, et sa radiation de la Bourse de Toronto.

Des dirigeants et des lobbyistes font quotidiennement pression à Ottawa pour obtenir une aide. Alors que le premier ministre Justin Trudeau a annoncé un programme de 82 milliards pour aider les Canadiens à surmonter la nouvelle éclosion de coronavirus, aucun des fonds annoncés n’est, jusqu’à présent, spécifiquement réservé aux lignes aériennes.

Certains pays ont déjà lancé une bouée de sauvetage financière à leurs transporteurs. La Norvège prépare un prêt d’une valeur de 736 millions à son secteur de l’aviation, dont environ la moitié au plus grand transporteur du pays, Norwegian. La Nouvelle-Zélande a offert à Air New Zealand des prêts totalisant 360 millions.

Jacques Roy, professeur de gestion des transports à HEC Montréal, estime que la faillite qui menace les compagnies aériennes du monde entier est un scénario extrêmement improbable pour les deux grands transporteurs du réseau canadien, malgré la « très mauvaise année » à venir et la chute du cours des actions d’Air Canada.

« Ils sont en grande difficulté ces jours-ci, mais des entreprises comme Air Canada ont de l’argent en banque qui leur permettra de traverser cette période difficile sans trop de dégâts », a expliqué M. Roy.

En Europe, où les trains à grande vitesse et les compagnies aériennes à bas prix comme EasyJet et Ryanair ont grugé dans les profits des grands transporteurs, les marges peuvent être plus minces et les liquidités, plus précaire qu’en Amérique du Nord, où les transporteurs à très bas prix n’ont pas fait autant de ravages, a-t-il observé.

« L’industrie du transport aérien dans le monde va être très différente de ce qu’elle est aujourd’hui », a pour sa part prévenu l’analyste Cameron Doerksen, de la Banque Nationale. « De nombreuses compagnies aériennes ne survivront probablement pas, et celles qui le feront se retrouveront dans des situations très étranges. »

M. Doeksen a rappelé que le nombre de voyages était revenu à la normale dans les deux ans qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, l’épidémie de SRAS de 2003 et la crise financière de 2008. Dans le cas de la pandémie de COVID-19, on ignore encore pendant combien de temps se prolongera la crise avant que la reprise se mette en branle.

Quoi qu’il en soit, les petites compagnies aériennes sont dans une « situation désespérée », a fait valoir John McKenna, qui dirige l’Association du transport aérien du Canada.

Le groupe commercial, qui compte comme membres 30 transporteurs régionaux, réclame 5 milliards en subventions ou en prêts à faible taux d’intérêt du gouvernement fédéral.

« Des flux de trésorerie. C’est tout ce dont nous avons besoin en ce moment », a-t-il affirmé, avant d’évoquer des coûts fixes qui ne peuvent pas être retardés, tels que les paiements de location et de prêt d’avion.

Le Conseil national des lignes aériennes du Canada a demandé au gouvernement fédéral d’alléger certains frais comme le loyer aéroportuaire, les frais de navigation et la taxe d’accise, mais n’a reçu aucune réponse définitive de Transports Canada.

« La situation est tellement fluide », a observé le chef de la direction du groupe de l’industrie, Mike McNaney. « Nous sommes en territoire inconnu. »

La perturbation semble en voie de se répercuter sur les fabricants, alors que les lignes aériennes interrompent les livraisons et les nouvelles commandes, ce qui a un impact pour les fabricants de moteurs, d’ailes et d’autres pièces.

Longview Aviation Capital a annoncé vendredi qu’elle suspendait la nouvelle production des Dash 8-400 et des Twin Otter de la série 400, ce qui affectera près de 1000 employés.

Le spécialiste des simulateurs de vol CAE et le fabricant de trains d’atterrissage d’avions Heroux-Devtek pourraient également être touchés, alors que les compagnies aériennes imposent un gel de l’embauche de pilotes et que les usines réduisent la production d’avions de ligne.