La Société des alcools du Québec (SAQ) et la Société québécoise du cannabis (SQDC) ont décidé de bannir les billets de banque pour réduire la propagation de la COVID-19.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les clients doivent désormais utiliser uniquement des cartes de crédit et de débit pour payer les bouteilles de vin, de spiritueux et les produits du cannabis.

En point de presse, mercredi, le premier ministre François Legault a encouragé cette mesure, conseillant à la population d’utiliser des cartes de crédit ou de débit plutôt que de l’argent comptant pour limiter le risque d’exposition au virus.

Pas seulement à la SAQ ou à la SQDC, mais dans tous les commerces du Québec.

La Banque du Canada n’a pas tardé à réagir : « Refuser d’accepter des paiements en espèces peut créer des difficultés injustifiées aux personnes qui dépendent de l’argent comptant pour faire leurs achats », affirme l’institution dans un communiqué.

La Banque recommande vivement aux détaillants de continuer à accepter l’argent comptant et de veiller à ce que les Canadiens aient accès aux biens et services qu’il leur faut.

Extrait d’un communiqué de la Banque du Canada

Selon la Banque du Canada, la manipulation des billets de banque ne présente pas un risque plus grand pour la santé que le fait de toucher à une poignée de porte, par exemple, ou un comptoir de cuisine ou une rampe d’escalier.

« Les personnes qui manipulent des billets de banque doivent suivre les mesures prescrites par les autorités de santé publique contre la maladie COVID-19 et se laver les mains comme elles l’auraient fait dans d’autres circonstances. »

Attention, disent les microbiologistes

Les microbiologistes consultés par La Presse se rangent toutefois du côté du premier ministre Legault.

La Dre Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine et professeure à l’Université de Montréal, estime qu’il est de loin préférable d’utiliser des cartes de crédit ou de débit plutôt que des billets.

« Il y a juste moins de manipulations avec l’électronique, explique-t-elle. Ma carte de crédit est dans ma poche. Je fais un paiement sans contact et je la remets dans ma poche. Personne d’autre n’y touche. L’argent est manipulé par tous, et on doit m’en remettre. »

Christian Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec, est du même avis. « Dans le contexte, c’est facile pour la majorité des gens d’utiliser des cartes plutôt que de l’argent comptant. »

Je ne pense pas que c’est ça qui va empêcher la propagation du virus, mais cette mesure est tellement facile à mettre en place, faisons-le !

Christian Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec

« Les billets de banque touchent à beaucoup plus de personnes et sont plus “sales” qu’une carte de crédit personnelle. Considérant la survie de la COVID-19 sur des surfaces inanimées, ça me semble une bonne pratique de santé publique », ajoute le Dr Guy Boivin, professeur au département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de la faculté de médecine de l’Université Laval.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), pense elle aussi que l’argent comptant représente un risque accru : « Les billets de banque ne peuvent pas se laver et changent de mains. Mais la méthode la plus efficace est de se laver les mains après avoir touché quoi que ce soit. »

D’autres commerces

La SAQ et la SQDC ne sont pas les premiers magasins à proscrire l’argent comptant. Depuis le début de la pandémie de coronavirus, d’autres commerces refusent les billets de banque quand vient le temps de passer à la caisse pour protéger leur clientèle et leur personnel.

C’est notamment le cas de la boulangerie Automne, où il n’est plus possible de consommer sur place depuis la pandémie de COVID-19. Les produits doivent être payés par carte de crédit ou de débit afin d’éviter tout échange de billets de banque entre les clients et les employés.

Chez Starbucks, où les salles à manger sont fermées pour une durée indéterminée, on encourage aussi la clientèle à payer avec des cartes, même si l’argent est encore accepté.