Après le désengagement d’un important bailleur de fonds potentiel, Gazoduq espère que la mise en place d’une structure de négociation avec des communautés autochtones rassurera d’éventuels investisseurs à l’égard du projet de conduite souterraine et d’usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Les huit Premières Nations les plus concernées par le tracé du gazoduc et la compagnie ont annoncé mercredi une « convention de collaboration initiale ».

Il ne s’agit toutefois pas d’un consentement de la part des communautés autochtones. Regroupées sous l’entité commune Mamo Aki, elles pourront mener leurs propres analyses des nombreux impacts rattachés à ce projet.

« Éventuellement, elles feront l’identification des mesures d’atténuation qui concernent les territoires traditionnels, a expliqué le président de Gazoduq, Louis Bergeron, au cours d’une entrevue téléphonique. Le résultat des études va faire partie de ce que l’on va déposer auprès du fédéral et au provincial dans notre application au cours de la deuxième moitié de l’année. »

Mamo Aki est formée des Premières Nations de Wahgoshig, d’Abitibiwinni, d’Anishnabe du Lac Simon, des Atikamekw d’Opitciwan, des Atikamekw de Wemotaci, des Pekuakamiulnuatsh, des Innus Essipit et des Innus de Pessamit.

L’accord devrait accélérer les échanges d’informations, permettre l’établissement d’un échéancier et de mener des consultations auprès des populations locales alors que la compagnie peaufine son projet.

« Elles (les Premières Nations) unissent leurs forces pour faire face à l’entreprise et avoir un plus gros rapport de force, a dit l’avocate de Mamo Aki, Jacynthe Ledoux, au cours d’un entretien téléphonique. Les Premières Nations demeurent distinctes et s’autodéterminent. Elles vont chacune prendre leurs décisions de manière indépendante. »

Gazoduq, le promoteur de la canalisation, et GNL Québec, derrière le projet Énergie Saguenay, ont encaissé un dur coup la semaine dernière après avoir vu un important investisseur se désister en raison du « contexte politique canadien des dernières semaines », marqué notamment par des blocus ferroviaires.

L’identité de l’investisseur en question n’avait pas été révélée, mais selon divers médias, il s’agirait Berkshire Hathaway, une société de portefeuille contrôlée par le milliardaire américain Warren Buffett. Le montant de l’investissement aurait pu atteindre 4 milliards, avait avancé « La Presse ».

« C’est clair que l’investisseur dont on parle […] procurait un avantage considérable en plus d’amener un certain confort, on ne s’en cache pas, a dit M. Bergeron. L’annonce de mercredi vient ajouter un élément de confort supplémentaire pour les investisseurs futurs. »

Une annonce finale d’investissement est prévue « vers la fin de 2021 », selon le président de Gazoduq.

Dans son ensemble, ce projet de 14 milliards consiste en la construction d’un gazoduc d’environ 780 kilomètres qui transporterait du gaz naturel de l’Ouest jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay — donc en traversant le Québec — pour ensuite l’exporter à l’étranger par d’immenses navires, des méthaniers.

L’acceptabilité de la part des communautés autochtones a récemment été au cœur de l’actualité.

Contrairement à la majorité des conseils de bandes élus, certains chefs héréditaires des Wet’suwet’en s’étaient opposés à la construction d’un gazoduc sur leur territoire ancestral, en Colombie-Britannique. Cet enjeu avait déclenché une série de manifestations de solidarité et des blocus ferroviaires à travers le pays, dont au Québec.

À la fin février dernier, le premier ministre François Legault avait également affirmé que le projet, afin de pouvoir aller de l’avant, devait obtenir non seulement l’aval de la communauté, mais aussi l’aval des communautés autochtones.

Puis, la semaine dernière, 250 médecins et professionnels de la santé avaient demandé, dans une lettre ouverte, au gouvernement Legault de ne pas oublier la santé des Québécois en évaluant le projet. Pour leur part, une quarantaine d’économistes québécois avaient publié en octobre dernier une lettre ouverte qui critiquait le projet de gazoduc. Ils avaient exprimé de sérieux doutes sur ses promesses de retombées économiques.