Au terme d’une séance qui a laissé les marchés exsangues, l’énergie et les financières ont peiné alors que les secteurs de la consommation de base et des télécoms se sont mieux tirés d’affaire.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Suncor, une valeur sûre du secteur pétrolier canadien, a perdu 18,3 % lundi et clôturé à 27,38 $. À ce prix, son dividende donne un rendement de 6,7 %.

« Malgré la dégringolade, on n’achète pas de titres pétroliers. La dynamique du secteur a changé depuis quelques années », a confié Marc L’Écuyer, gestionnaire de portefeuille chez Cote 100, qui était en mode achat lundi.

Outre les titres pétroliers et gaziers, les métaux et minerais glissaient de 14 %, tandis que le secteur financier et les industries reculaient de 9 %.

La baisse des taux d’intérêt constitue une mauvaise nouvelle pour les banques qui voient se contracter leur marge nette d’intérêt (l’écart entre les taux auxquels elles prêtent de l’argent et les taux auxquels rémunèrent leurs dépôts).

Le marché pénalise les banques canadiennes en raison de leur exposition au secteur pétrolier.

Charles Marleau, directeur des investissements chez Palos Management

L’action de la Banque Nationale, à 54,86 $, a perdu près de 12 % dans la séance de lundi, et est en recul de 26,6 % depuis le 21 février. BMO a fait pire : - 13 % lundi, à 73,16 $. Le titre s’est déprécié de plus de 28 % en à peine un mois.

« On voit plus d’occasions aux États-Unis, croit néanmoins François Rochon, président et gestionnaire de portefeuille de Giverny Capital. Sur une longue période, quelqu’un qui achète les banques américaines aujourd’hui, à huit fois les profits, risque de sortir gagnant. Des banques comme JP Morgan et Bank of America ont fait le ménage. Elles sont extrêmement efficaces et prudentes. Elles ont un très beau bilan. »

Certains s’en tirent mieux

En pleine tempête boursière, les secteurs défensifs ont moins mal fait : services publics (- 8,6 %), télécommunications (- 6,8 %) et consommation de base ont certes perdu des plumes, mais rien de comparable au secteur pétrolier.

Des titres à dividendes croissants, comme BCE, gagnent en popularité avec la baisse des taux d’intérêt parce que le rendement de leur généreux dividende devient plus attrayant. BCE a dévissé de 7,7 %, lundi, mais sa baisse cumulative depuis le début de la tourmente boursière reste aux alentours de 10 %. Au prix de 57,54 $, l’action livre un rendement courant de 5,3 %.

Le titre de l’épicier Metro a passé l’essentiel de la journée en territoire positif avant de perdre 1,2 % en fin de journée.

Le titre du détaillant montréalais Dollarama est le seul à avoir terminé la séance de lundi en territoire positif au sein de l’indice S&P/TSX 60, qui regroupe les 60 plus importantes capitalisations inscrites à Toronto. L’action de Dollarama a gagné 2 %.

À l’opposé, des secteurs évoluant habituellement en sens inverse de la Bourse en général ont reculé lundi. C’est le cas de l’immobilier et de l’or.

Une baisse des taux obligataires se traduit par une appréciation quasi automatique des biens immobiliers, à revenus constants. N’empêche, le secteur a laissé près de 6 % lundi. Cominar, la plus importante foncière québécoise, perdait 7,4 %, à 13,45 $, et Allied, spécialiste des bureaux-lofts, 7,1 %, à 52,97 $.

Les titres aurifères ont aussi connu une mauvaise journée en dépit de leur statut de valeur refuge. Franco-Nevada a concédé 8 % de sa valeur, à 146,93 $. « Le secteur aurifère a été victime d’une rotation de secteurs. Les investisseurs ont vendu des titres aurifères qui ont bien fait dans la dernière année pour acquérir à la place des titres qui se sont fortement dépréciés lundi », a expliqué Charles Marleau.

Deux fois plus de risques de récession, selon Clément Gignac

Le vice-président principal et économiste en chef d’iA Groupe financier, Clément Gignac, relève de 25 à 50 % son estimation des probabilités que le Canada tombe en récession. La Presse lui a parlé lundi. 

Qu’est-ce qu’un petit investisseur doit faire au lendemain d’une journée pareille ?

On ne panique pas, mais il faut essayer de comprendre la cause de cette débâcle. On est au-delà du coronavirus, on est dans de la géopolitique. Avec la guerre de prix du pétrole entre la Russie et l’Arabie saoudite, on frappe le cœur de l’industrie du pétrole de schiste du Midwest américain, des États qui supportent M. Trump, en passant. Ça amène de l’incertitude sur l’économie américaine. Il faut évaluer la probabilité de voir l’économie américaine sombrer en récession. Je relève de 25 à 50 % les probabilités que le Canada tombe en récession. Aux États-Unis, je les relève de 20 à 40 %.

Dans ce cas, vaut-il mieux attendre avant d’acheter des titres qui ont reculé ?

La pire chose est de liquider ses actions au lendemain d’une des 10 ou 15 pires séances boursières de l’histoire. Je prendrais mon temps avant d’aller commettre des billes additionnelles. J’irais par étape. Si le coronavirus s’étend aux États-Unis, l’économie sera plus durement frappée. Plus, l’attaque de la Russie et de l’Arabie saoudite à l’endroit de l’industrie pétrolière américaine, c’est nouveau. Il faut prendre le temps de soupeser les implications. On peut aller investir, mais par étapes. Les banques américaines sont attrayantes. On ne vit pas une crise financière comme en 2008. Je suis prêt à en acheter. Mais acheter des titres pétroliers ? J’attendrais. Est-ce que le prix du pétrole va s’arrêter à 30 $US ou va-t-il continuer de descendre à 15 ou 20 $US ?