(Belfast) Les avions violets de Flybe sont restés au sol jeudi en Irlande du Nord après la faillite de la compagnie britannique, qui coupe un lien crucial entre le continent et la province déjà préoccupée par le Brexit.

Joe STENSON Agence France-Presse

Jusqu’aux premières heures de la matinée, Flybe transportait 1,6 million de passagers chaque année depuis Belfast, assurant quelque 80 % des vols depuis le hub.  

L’aéroport de la capitale de l’Irlande du Nord compte bon nombre de voyageurs réguliers, qui y prennent l’avion chaque semaine pour le travail, explique à l’AFP son directeur Brian Ambrose. « Ils sont très inquiets parce que leur gagne-pain en dépend. »

« Nous sommes séparés de notre marché principal par un bras de mer, donc le transport aérien est vital pour notre économie », pointe-t-il.

La disparition de la compagnie basée à Exeter, après le refus du gouvernement de lui prêter 100 millions de livres (128 millions de dollars), efface 14 liaisons vers des aéroports à travers la Grande-Bretagne.

« Coup dur supplémentaire »

À Belfast jeudi, seuls six vols s’affichaient sur le tableau des départs en milieu de journée. Les taxis étaient à l’arrêt, le personnel désœuvré, et seule une poignée de passagers attendaient à l’enregistrement.

Partout, des affiches mettaient en garde contre le coronavirus, qui a porté l’estocade à la compagnie déjà moribonde.

Ryan Curran, comptable de 27 ans, explique qu’il est rentré de Manchester avec une autre compagnie. « Pour les affaires, c’est l’aéroport le plus pratique. Cela va affecter les clients et les fournisseurs », relève-t-il.

Les milieux d’affaires d’Irlande du Nord ont déjà pâti de l’incertitude qui a entouré le Brexit ces dernières années.

La province, fragilisée par trois décennies de Troubles entre partisans et adversaires de l’union avec la Grande-Bretagne, doit à présent affronter la perspective de nouvelles turbulences à la fin de la période de transition du Brexit, le 31 décembre. Entre-temps, Londres et Bruxelles doivent définir leur future relation commerciale, des discussions particulièrement difficiles.

« L’Irlande du Nord est particulièrement dépendante du transport aérien pour les voyages entre villes au sein du Royaume-Uni, il réduit le temps et la distance pour faire des affaires à un niveau gérable », souligne Duncan Morrow, enseignant en sciences politiques à l’université d’Ulster. « C’est un coup dur supplémentaire pour une région déjà fragile », souligne-t-il.

La disparition de ces connexions a aussi un impact symbolique, « psychologique » pour les partisans de l’union avec la Grande-Bretagne, estime M. Morrow.

Offre et demande

Après un plan de sauvetage annoncé en janvier – dénoncé par les concurrents de Flybe, Ryanair et IAG, maison-mère de British Airways, comme des subventions anticoncurrentielles et illégales – le gouvernement britannique a choisi de ne pas intervenir cette fois, au vu de l’aggravation des finances de la compagnie.

Il a affirmé dans un communiqué « examiner en urgence la façon dont les liaisons qui ne sont pas assurées par les autres compagnies peuvent être rétablies » par le secteur aérien.

Dès jeudi, la compagnie écossaise Loganair s’est proposé de desservir deux destinations depuis l’aéroport de Belfast.

Brian Ambrose espère que d’autres lui emboîteront le pas.

La région « a beaucoup à offrir », assure-t-il en énumérant les progrès accomplis ces dernières années.

« Nous pouvons dire aux compagnies aériennes qu’il y a une demande pour nos produits. S’il y a une demande des clients, les compagnies viendront combler le vide », veut-il croire.