(San Francisco) Uber aperçoit la rentabilité tant désirée au bout du tunnel de 2020, malgré ses milliards de dollars de pertes annuelles et les nombreux bâtons dans les roues que lui mettent les régulateurs.

Julie JAMMOT
Agence France-Presse

Sans surprise, le leader de la réservation de voiture avec chauffeur a perdu 8,5 milliards de dollars en 2019, l’année de son entrée chaotique en Bourse.

Mais les marchés ont bien réagi à la publication de ses résultats jeudi, car la société prévoit désormais un excédent brut d’exploitation (Ebitda) positif, pour la première fois, pour le quatrième trimestre 2020, au lieu de l’année suivante.

Le titre a bondi de près de 10 % lors des échanges électroniques après la fermeture de Wall Street, avant de se stabiliser à +4 %.

Pour parvenir au graal de la rentabilité,  Uber s’est déjà employé à réduire ses coûts en se séparant de centaines d’employés notamment dans ses divisions marketing, recrutement et Uber Eats (livraison de repas).  

Dara Khosrowshahi, le patron du groupe, a expliqué aux analystes lors d’une conférence téléphonique qu’il comptait aussi sur « une croissance massive à grande échelle, une innovation plus rapide que tout le monde, des marges considérablement améliorées, des fonds alloués de façon efficace et les bonnes décisions pour toutes les parties prenantes ».

Mais l’entreprise américaine ne pourra pas plaire à tout le monde. Son modèle économique, fondé sur des employés indépendants, et qui n’a jusqu’ici jamais dégagé de bénéfices, reste largement contesté.

Statut des chauffeurs

Uber fait face à des régulations de plus en plus strictes de son activité sur certains marchés, dont la Californie, qui a passé une loi visant à le contraindre à requalifier les conducteurs de VTC en salariés.

« On ne peut pas rester sans rien faire alors qu’ils font payer aux contribuables californiens et aux entreprises responsables leurs charges et privent des millions de travailleurs des protections du droit du travail auxquelles ils ont droit », a déclaré en septembre Lorena Gonzalez, membre démocrate du Sénat de cet État, à l’origine du texte.

Uber a porté plainte contre cette loi et entend organiser avec son concurrent Lyft un vote populaire, comme l’y autorise la loi californienne. Ils assurent défendre avant tout les intérêts des chauffeurs.

À Londres aussi Uber sera dans les tribunaux, pour tenter de regagner son permis d’exercer. L’autorité des transports londonienne a refusé de renouveler sa licence cet automne, pointant du doigt un nombre très élevé de chauffeurs non autorisés, mais inscrits sur la plateforme de réservation, au risque de mettre en danger les utilisateurs.

Mais le patron s’est montré confiant : « Le dialogue avec les régulateurs continue, c’est bien normal. Au moins nous avons dépassé le débat sur le droit ou non à exister des VTC, pour se poser des questions plus fines sur les impôts, les tarifs et le statut des chauffeurs ».

Il a cité sa dernière victoire en date, au Brésil, le deuxième marché du groupe après les États-Unis. Un tribunal du travail y a tranché en faveur d’Uber, estimant que les chauffeurs n’étaient pas des employés.

Statut des voitures

Pendant ce temps, Uber avance aussi sur le front des voitures autonomes, qui supprimeront, à terme, la nécessité d’un conducteur derrière le volant.  

Mercredi, la société a retrouvé le droit de faire circuler ses prototypes sur les routes californiennes, deux ans après un accident en Arizona qui avait causé la mort d’une passante.

Dara Khosrowshahi pense que son groupe est idéalement positionné dans la course à la création d’une flotte de robots-taxis, avec une conduite autonome de « niveau 4 » (quand la voiture conduit seule, mais avec un humain pour reprendre la main si nécessaire. Au « niveau 5 », l’humain est censé disparaître).

« Le niveau 4 arrive, il sera une réalité dans les deux ans. Mais il faut un réseau pour que ce soit commercialement viable », souligne-t-il.

Uber va aussi continuer d’investir dans les dernières technologies d’apprentissage automatique, pour améliorer les algorithmes qui régissent sa plateforme de mise en relation des clients avec les chauffeurs et encourager les clients à s’abonner.

Son application mobile est la plus téléchargée dans le monde (dans les catégories VTC et livraison de voitures) aussi bien sur Apple que sur Android, d’après Sensor Tower, rappelle le communiqué.

Au dernier trimestre 2019, ses réservations brutes, soit principalement le montant perçu avant le paiement des conducteurs, ont atteint 18,1 milliards, en augmentation de 28 % sur un an.

Sur cette période, le groupe a perdu 1,1 milliard de dollars, une perte moins importante que prévu. Le chiffre d’affaires, à 4,07 milliards de dollars, est supérieur aux attentes des analystes (4,06 milliards).