Bombardier « n’est pas en demande » pour de nouvelles sommes en provenance ni de Québec ni de la Caisse de dépôt, a indiqué jeudi son porte-parole, quelques heures après que le chef du Parti québécois se fut insurgé contre cette possibilité.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« Nous, on n’a pas confiance dans la direction de Bombardier », a lancé Pascal Bérubé en mêlée de presse, jeudi. « Si le gouvernement pense que c’est une bonne idée d’allonger encore des fonds dans les circonstances, pour nous, c’est non », a ajouté le leader péquiste en marge du caucus présessionnel de sa formation, à Sherbrooke.

M. Bérubé estime qu’une « succession d’erreurs » et un « manque de transparence » sont notamment au nombre des raisons pour lesquelles le Parti québécois ainsi que la population québécoise, assure-t-il, ont perdu confiance dans la direction et l’administration de ce fleuron de l’aéronautique.

« L’administration actuelle d’[Alain] Bellemare, nous, on n’a pas confiance [en elle], et on dit au gouvernement : tant que ces personnes-là sont à la tête de Bombardier, ne financez pas », a dit Pascal Bérubé aux journalistes. Il a précisé qu’il ne réclamait pas la démission du grand patron, mais qu’il était en droit de poser des questions.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pascal Bérubé, chef du Parti québécois

« On respecte les organisations à l’interne, a bien nuancé le chef intérimaire. Elles font ce qu’elles veulent, mais lorsqu’il y a un lien avec le gouvernement du Québec, on peut se poser des questions et, dans le cas de Bombardier, avant de financer, on doit se demander si on fait confiance aux gens qui vont administrer l’argent durement gagné des Québécois. Moi, je n’ai pas confiance. »

Les ministres des Finances, Éric Girard, et de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, se sont rapidement élevés contre ces propos.

Je pense que ce n’est pas approprié que le ministre des Finances du Québec se mette à suggérer qui devrait être PDG ou non [d’une société]. Quand j’ai rencontré M. Bellemare à plusieurs reprises, j’ai vu quelqu’un qui était dévoué au succès de l’entreprise, et ce n’est pas des conditions faciles.

— Éric Girard, en mêlée de presse, en marge du caucus du gouvernement caquiste tenu à Saint-Sauveur

« J’ai beaucoup de respect pour M. Bérubé, mais il n’y a personne au gouvernement ni dans l’opposition qui est qualifié pour dire si Bellemare est un bon PDG ou non, a de son côté fait valoir M. Fitzgibbon. Ça revient au conseil d’administration. »

Investir dans Bombardier ou dans l’A220 ?

Québec doit décider s’il répond à l’appel de capital lancé par Airbus, l’actionnaire majoritaire de l’A220 (ancienne C Series). L’entreprise qui contrôle cet appareil a besoin de fonds pour augmenter sa cadence de production et répondre à la demande.

Bombardier, qui doit préserver ses liquidités pour faire face à son importante dette, a déjà fait savoir qu’elle réévaluait sa participation au partenariat, à la lueur de cette demande. La décision de Québec est distincte de celle de Bombardier. Dans les deux cas, un refus de participer entraînerait une dilution de leur participation dans l’entreprise commune. Les parts de Bombardier et de Québec sont actuellement d’environ 34 % et 16 %, respectivement.

Contrairement à l’investissement de 1 milliard US fait en 2016 dans la C Series, qui appartenait alors entièrement à Bombardier, une nouvelle injection de fonds de Québec n’irait pas dans les coffres de la multinationale québécoise, mais plutôt dans ceux de la coentreprise. Favorable ou non, la décision de Québec n’aurait donc pas d’incidence sur la situation financière de Bombardier. Ce n’est par ailleurs plus la direction de Bombardier qui contrôle la destinée de l’A220, mais celle d’Airbus.

La Caisse à la table

Bombardier songerait également, selon diverses rumeurs, à céder l’une de ses deux principales divisions, vouées au transport ferroviaire et aux avions d’affaires, toujours afin de s’attaquer à sa dette.

« C’est certain que s’il y a le moindrement des discussions concernant la division Transport, la Caisse est à la table », affirme le vice-président aux relations externes de Bombardier, Olivier Marcil.

La Caisse de dépôt détient 30 % des actions de Bombardier Transport et siège à son conseil d’administration. Il n’y a toutefois pas, à l’heure actuelle, de discussions prévoyant un nouvel investissement de la Caisse, selon M. Marcil.