(Montréal) Ayant conclu une entente pour régler un litige judiciaire en échange de 30 millions US, Nemaska Lithium, à l’abri de ses créanciers depuis le 23 décembre, repart à la recherche d’un acheteur ou d’un investisseur.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

L’entreprise a annoncé mercredi qu’une entente de principe était intervenue avec Nordic Trustee, le fiduciaire de titres obligataires valant 350 millions US émis en 2018 dans le cadre du financement de son projet de mine et d’usine de transformation de lithium.

Puisque Nemaska Lithium, dont le principal actionnaire est Investissement Québec (IQ) avec une participation d’environ 13 %, n’avait pas eu recours à cette somme, elle estimait être libérée de ses obligations, alors que Nordic Trustee réclamait une pénalité de 93 millions US.

Au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, le président et chef de la direction de la société, Guy Bourassa, a expliqué qu’il valait mieux payer cette somme afin de mettre fin au processus judiciaire, qui aurait pu s’échelonner sur plusieurs mois et ainsi compromettre davantage la possibilité d’une restructuration.

« Cela devrait également nous permettre de potentiellement recevoir une offre plus généreuse dans le cadre de notre processus », a-t-il expliqué.

La dispute judiciaire à propos de la créance obligataire figurait parmi les principales raisons ayant incité la firme londonienne Groupe Pallinghurst à ne pas aller de l’avant, l’an dernier, avec son investissement potentiel de 600 millions.

Nemaska Lithium est toujours à la recherche de 1,1 milliard dans le but de pouvoir transformer, dans une usine électrochimique à Shawinigan, du minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi en sels de lithium à valeur ajoutée. Ces derniers seraient ensuite vendus à des fabricants de matériaux de cathodes destinés aux batteries rechargeables au lithium-ion

La facture du projet, initialement estimée à 875 millions, a bondi à 1,4 milliard en raison des dépassements de coûts.

L’entreprise sera épaulée dans ses démarches par le contrôleur PricewaterhouseCoopers et deux autres firmes. Des discussions sont déjà en cours et Pallinghurst est toujours dans le portrait, selon le dirigeant de Nemaska Lithium.

« Le niveau de risque a diminué (avec l’entente de principe) et le bilan a été nettoyé », a souligné M. Bourassa, qui privilégie un refinancement plutôt qu’une vente de l’entreprise, et ce, même si toutes les options sont sur la table.

Le processus se mettra en branle le 28 février et les offres pourront être reçues jusqu’au 17 avril. Si tout se déroule comme prévu, la clôture d’une éventuelle transaction pourrait survenir à la mi-août.

À la Bourse de Toronto, les transactions sur le titre de Nemaska Lithium sont actuellement suspendues et l’inscription devrait être radiée le 6 février à la fermeture des marchés. À l’instar de plusieurs actionnaires de détail, M. Bourassa espère pouvoir procéder à une réinscription.

Québec a injecté 130 millions dans l’aventure, dont 80 millions en capital-actions.

« Pour IQ, la décision leur revient, a répondu M. Bourassa, lorsqu’interrogé à savoir si la relance du projet nécessiterait encore des fonds publics. Nous les tenons au courant de nos démarches. »

Lundi, Nemaska Lithium avait annoncé le licenciement de 29 travailleurs, soit environ la moitié de son effectif. Le couperet était également tombé en octobre dernier. De plus, le 20 janvier, la société a annoncé la nomination d’un nouveau président du conseil d’administration — Jacques Mallette, un ex-dirigeant de Quebecor World ayant contribué à la restructuration de cet ancien imprimeur.