Zú, c’est un mélange d’incubateur et d’espaces collaboratifs, mis sur pied par Guy Laliberté, qui ouvrira officiellement ses portes vendredi. Entièrement voué aux entreprises en démarrage dans le secteur du divertissement, ce « hub créatif » a pour objectif de leur donner le contrôle de leur idée, de conserver la propriété intellectuelle au Québec. Explications en quatre temps.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

12 employés, 4 édifices

Installé dans quatre édifices de la Maison Alcan, ce complexe patrimonial de sept bâtiments à l’angle des rues Stanley et Sherbrooke, Zú comptera à son lancement 12 employés administratifs. Les locaux, en partie rénovés, offrent un contraste audacieux entre des éléments datant du XIXe siècle et l’aménagement ultramoderne aux couleurs vives. En une demi-heure de visite guidée offerte aux représentants de La Presse, on est passé du violet à l’orange et au bleu pétrole, sur des tapisseries vintage, avec de petits locaux de travail, des studios et de grandes salles de conférence. Zú disposera à terme de plus de 3700 mètres carrés pouvant accueillir une centaine d’entreprises. Vingt-sept sont déjà recrutées.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Guillaume Thérien, directeur général de Zú

Créatifs demandés

Guy Laliberté, cofondateur du Cirque du Soleil, est considéré comme l’« initiateur » de Zú : il en a défini le mandat et financé la création avec une contribution initiale de 5 millions. « C’est lui qui estimait que la propriété intellectuelle était cruciale pour l’avenir des créatifs au Québec », explique Guillaume Thérien, directeur général de Zú. Essentiellement, l’idée est de permettre aux jeunes pousses québécoises de grandir suffisamment pour exploiter elles-mêmes leur propriété intellectuelle, plutôt que d’être achetées par des entreprises étrangères.

Le « hub créatif » est aujourd’hui un organisme à but non lucratif doté de son propre conseil d’administration composé de neuf personnes. Présidé par Marie-Anne Tawil, à la tête de la Fondation One Drop également créée par Guy Laliberté, il inclut notamment Phoebe Greenberg, fondatrice du Centre Phi, Anne-Marie Hébert, associée principale pour le Québec du cabinet comptable EY, et Guy Crevier, éditeur de La Presse.

Le village

Montréal ne manque pas d’incubateurs ni d’accélérateurs pour les entreprises en technologie, mais aucun ne se consacre exclusivement au secteur du divertissement, note M. Thérien. Aucun non plus ne dispose d’espaces comparables à la Maison Alcan, où l’on souhaite implanter « une communauté, un village » pouvant accueillir quelque 1500 personnes et qui ouvrira dans quelques mois ses portes au grand public, annonce-t-il. On aménagera en effet la cour intérieure de la Maison Alcan, qui deviendra un véritable marché public, un « atrium » où l’on présentera aux visiteurs ce qui se mijote dans le « hub créatif ».

Résumer la mission de Zú est tout un défi, à mi-chemin entre la Maison Notman et WeWork, avec la petite touche de folie habituelle associée à Guy Laliberté.

On est une bibitte difficile à définir. Ç’a été le pitch le plus difficile à détailler, mais le plus le fun à travailler.

Guillaume Thérien, directeur général de Zú

Essentiellement, on offre aux entreprises en démarrage des locaux de travail et de réunion, le forfait le plus simple coûtant 500 $ par mois. Il est également possible de louer à la journée, d’accéder à Zú sans avoir de poste de travail attribué ou de faire partie de cohortes plus formelles, dans le cadre d’appels de projets ponctuels. Ces entreprises ont accès à des professionnels – avocats, comptables, marketing – et à des infrastructures, notamment à un réseau 5G, à des salles de montage vidéo et audio, à une salle de production de réalité virtuelle, augmentée et mixte, et à huit stations équipées des logiciels de création dernier cri.

Quelques recrues

Vendredi, 18 des 27 entreprises qui font déjà partie de Zú accueilleront les visiteurs. Toutes définies par l’étiquette de « créatives », elles touchent cependant à des domaines très diversifiés, des recommandations vestimentaires à la production de films en passant par l’incontournable réalité virtuelle.

Audible Reality, par exemple, veut offrir « la prochaine révolution sonore en utilisant une technologie audio 3D », qui remplacerait la bonne vieille stéréo.

Reimagine.AI, fondée par le chanteur David Usher, est spécialisée dans la « construction d’êtres intelligents », des intelligences artificielles dotées de personnalités distinctes pouvant mener des conversations « significatives ».

Mixonset a développé une application « qui donne à chacun un DJ personnel dans sa poche », en créant des listes de chansons personnalisées. Dans le domaine de la vente au détail, Calixa Technologies conçoit un système destiné aux magasins qui détecte en temps réel le comportement des clients et offre des recommandations, pour « optimiser la conversion des ventes et le plaisir des clients ». On retrouve même une entreprise déjà bien connue, D-BOX, qui commercialise un fauteuil qui réagit à ce qui se passe à l’écran.