Pressenti comme un client potentiel de l’A220, le transporteur au rabais américain Spirit Airlines lui a finalement préféré hier l’A319 d’Airbus, un modèle de même taille que l’A220 et que d’aucuns considéraient comme presque mort avec l’arrivée de ce dernier.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

La rumeur de l’intérêt de Spirit Airlines pour l’appareil conçu par Bombardier remonte à déjà quelques années. Elle avait pris de l’ampleur quand Spirit avait pris position en faveur de Bombardier devant les instances américaines chargées d’étudier la plainte antidumping de Boeing.

La marque aux avions jaunes, qui n’exploite que des produits d’Airbus, a finalement choisi hier de se porter acquéreur de 100 monocouloirs de la famille A320, soit des A319, A320 et A321 de la plus récente génération (« neo »).

L’inclusion de l’A319neo a de quoi étonner. Spirit pourrait devenir le tout premier opérateur de ce modèle qui a pratiquement été ignoré par le marché jusqu’à présent. En date du 30 septembre dernier, on ne comptait que 36 commandes d’A319neo, dont 30 provenant d’un acheteur inconnu. Le seul appareil livré était une version « privée » opérée par un gouvernement.

L’A319 est conçu pour embarquer de 120 à 150 passagers, exactement comme l’A220-300, le plus grand des deux modèles de l’ancienne C Series. Ce dernier est toutefois plus récent, plus léger et plus économe en carburant.

Pour économiser des coûts

« Ce n’est pas un biais envers l’A220 », juge Richard Aboulafia, analyste du secteur aéronautique pour le Teal Group, aux États-Unis. « C’est plutôt que très peu d’opérateurs à faibles coûts osent briser le modèle de la flotte unique. »

Spirit Airlines compte déjà une trentaine d’A319 de plus vieille génération dans sa flotte, note Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM.

Spirit est une entreprise extrêmement efficace en termes de coûts. En choisissant l’A319neo, ils s’évitent beaucoup de frais de formation pour les pilotes et les mécaniciens.

Mehran Ebrahimi

Cela offrira aussi une plus grande flexibilité opérationnelle, rappelle-t-il, puisque les trois modèles sélectionnés font l’objet de la même certification pour les pilotes. Ils peuvent donc passer de l’un à l’autre sans encombre. L’A220 a beau appartenir à Airbus, il a été conçu par Bombardier et est très différent de la famille A320.

Pas d’inquiétude

Le choix de Spirit ne laisse rien présager de mauvais pour l’A220, assure M. Ebrahimi.

« Nous sommes dans un moment où les clients ont le gros bout du bâton. S’il veut des A319, Airbus ne va pas lui imposer autre chose. Surtout que c’est un client américain qui s’engage pour jusqu’à 150 avions peu de temps après des menaces de taxer les produits d’Airbus aux États-Unis. »

L’engagement d’Airbus derrière l’A220 ne laisse aucun doute, selon lui.

« L’A220 en est rendu à plus de 520 commandes et je sais de source sûre qu’Airbus met beaucoup l’accent sur lui. On le voit, d’ailleurs. Il y a une nouvelle commande presque toutes les deux ou trois semaines. »

« L’A319 et l’A220 sont des produits de la famille des monocouloirs qui sont complémentaires, a pour sa part déclaré, par courriel, une porte-parole du programme A220 à Mirabel. Ils répondent à divers besoins et différentes stratégies de flottes des compagnies aériennes. Ils ne sont pas en compétition. »

L’A319, explique-t-elle, convient aux opérateurs comme Spirit qui disposent déjà d’une large flotte d’appareils de la famille A320, pour des raisons de communité. L’A220 est plus intéressant pour d’autres.