(New York) Twitter a vu son titre s’effondrer à Wall Street jeudi après avoir fait part de « ratés » informatiques dans son ciblage publicitaire, qui ont plombé ses résultats au troisième trimestre et pourraient continuer à handicaper le réseau social jusqu’à la fin de l’année.

Daniel HOFFMAN Agence France-Presse

L’action du groupe a dégringolé de plus de 20 % sur la place new-yorkaise.

Twitter a fait part d’un bénéfice trimestriel de 36,52 millions de dollars, bien moins que les 789,2 millions à la même période il y a un an.

Cela s’est traduit par un bénéfice par action ajusté, référence en Amérique du Nord, de 14 cents, contre 20 attendus par les analystes.  

Le chiffre d’affaires a, lui, augmenté de 8,7 %, à 823,7 millions, mais est inférieur aux 874 millions attendus en moyenne.

« Malheureusement, nous avons fait des erreurs et avons rencontré des bogues », a indiqué le patron de Twitter, Jack Dorsey, lors d’une conférence téléphonique avec les analystes.

« Il s’agit de problèmes que nous identifions rapidement et sur lesquels nous travaillons pour une résolution rapide », a-t-il ajouté.

Dans une lettre adressée aux actionnaires, le groupe précise que ces « bugs » ont affecté sa « capacité à faire de la publicité ciblée et à partager des données avec (ses) partenaires publicitaires et les sociétés de mesure ».

« Bien que nous prenions des mesures pour résoudre ces problèmes, nous nous attendons à ce qu’ils continuent de peser sur la performance globale de notre marché publicitaire dans un futur proche », a averti l’entreprise.

Le directeur financier de Twitter, Ned Segal, a, de son côté, précisé que certains paramètres de personnalisation et de récolte des données n’avaient pas fonctionné correctement.  

« Cela ne relevait pas d’un problème unique, nous nous sommes rendus compte de multiples problèmes durant le trimestre », a indiqué M. Segal.

Ces « ratés » se sont principalement concentrés en dehors des États-Unis, où la croissance du chiffre d’affaires dans la publicité a augmenté de seulement 5 % contre une hausse de 11 % sur le territoire américain.

Les recettes publicitaires, source indispensable de revenus pour Twitter, se sont établies à 702 millions de dollars au troisième trimestre, une hausse de 52 millions de dollars par rapport à la même période l’an dernier.

Plus d’usagers « monétisables »

Les résultats décevants publiés jeudi illustrent les défis de Twitter, qui peine à rester au contact de ses principaux concurrents alors qu’il cherche à lutter contre les contenus abusifs et les campagnes de désinformation sur sa plateforme.

« Le fait que Twitter ait fait moins bien que prévu n’est pas seulement dû à des comparaisons difficiles, qui étaient censées compromettre la croissance de son chiffre d’affaires, mais à des problèmes avec son outil publicitaire », a affirmé Jasmine Enberg, experte auprès du cabinet eMarketer.  

« Cela pourrait affecter sa performance pour le quatrième trimestre, qui s’annonce crucial », ajoute-t-elle.

Mark Vickery, de Zacks Investment Research, estime également que ces résultats pourraient être préoccupants pour l’avenir de Twitter.

« Ce sera aux investisseurs de juger si ces problèmes représentent un pépin temporaire dans l’ascension de Twitter vers des standards de plus haut niveau ou s’ils sont un handicap insurmontable pour l’entreprise », écrit M. Vickery dans une note.

Les analystes de la banque Goldman Sachs ont abaissé leur perspective sur le cours de l’action Twitter, de 52 dollars à 34 dollars.  

Le réseau social, qui a changé son outil de mesure au deuxième trimestre, calculant désormais les usagers quotidiens « monétisables », a, par ailleurs, annoncé 145 millions d’utilisateurs, soit une hausse de 6 millions.

Très utilisé par les journalistes, les hommes politiques et les célébrités, Twitter a plus de difficultés à s’imposer auprès du grand public et de rivaliser avec Facebook, sa filiale et étoile montante Instagram ou encore Snapchat.

Jack Dorsey a cependant affirmé que l’augmentation du nombre d’utilisateurs était « une amélioration substantielle » et que son entreprise s’efforçait d’éradiquer les contenus inappropriés.

« Nous avons une base incroyablement solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer », a-t-il affirmé.

Le patron de Twitter a assuré que les systèmes automatisés de détection de contenus déplacés s’étaient perfectionnés, 50 % des publications illicites étant désormais supprimées « de manière proactive » sans avoir besoin d’un signalement préalable.