L’idée qu’il soit possible de cultiver des terres sans avoir recours aux pesticides et aux engrais n’est tout simplement pas « réaliste », affirme le chef de la direction de la Coop fédérée, Gaétan Desroches, qui estime que la décision de la Ville de Montréal de bannir l’utilisation du glyphosate ne peut s’appliquer sur tous les territoires.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Quelques heures avant de se présenter devant la commission parlementaire sur les pesticides qui se tient actuellement à Québec, M. Desroches a prononcé un discours à Montréal à l’invitation du Cercle canadien. L’allocution était prévue bien avant qu’il sache qu’il se retrouverait à témoigner dans la capitale nationale. Le chef de la direction de la Coop fédérée semble toutefois avoir profité de sa tribune, devant un parterre de 270 personnes, pour mettre la table.

« Des voix s’élèvent ces jours-ci pour bannir les pesticides. Mais croire qu’on peut nourrir la planète avec des produits végétaux sans pesticides et sans engrais n’est pas aujourd’hui réaliste, a-t-il lancé sans détour. Mais avec l’aide de la technologie, on peut en optimiser l’utilisation, et ce, pour la production conventionnelle ou biologique. Sur les 29 000 fermes recensées au Québec, à peine 1300 ont déclaré avoir vendu des produits bios en 2016. »

« Plusieurs décisions ont des impacts collatéraux peu connus des consommateurs et des décideurs, a-t-il également affirmé. Je vais vous donner un exemple avec la récente décision de la Ville de Montréal de bannir l’utilisation du glyphosate sur son territoire. Dans un milieu urbain et résidentiel, ça s’explique, on en convient, mais pour appliquer une telle décision au milieu agricole, il faut s’assurer de mesurer pleinement l’ensemble des répercussions que cela implique. »

Rappelons que l’administration de Valérie Plante a annoncé au début du mois qu’elle bannirait le recours au glyphosate – un herbicide controversé – d’ici à la fin de l’année. Celle-ci a par ailleurs invité d’autres municipalités à lui emboîter le pas. À la suite de cette décision, le gouvernement provincial disait lui aussi réfléchir à en réglementer l’utilisation.

M. Desroches en a profité pour interpeller au passage les consommateurs, à qui il demande d’être plus cohérents dans leur discours. 

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’ORDRE DES AGRONOMES

Gaétan Desroches, chef de la direction de la Coop fédérée

« Les produits internationaux et les marques étrangères inondent notre marché à des prix qui défient toute compétition en raison d’un grand volume de production et souvent même d’un soutien de l’État, souligne-t-il. Parallèlement, les consommateurs désirent de plus en plus s’alimenter avec des produits de proximité et de qualité. Comment répondre aux besoins des consommateurs qui veulent manger bio et des produits locaux sans pesticides ni herbicides quand leur première motivation demeure le prix ? »

Il a également cité en exemple l’engouement pour la protéine végétale de marque Beyond Meat, dont la liste d’ingrédients est longue, « alors que le consommateur demande des produits clean label ».

Il a par ailleurs été impossible de discuter avec M. Desroches à l’issue de son discours, puisqu’il devait s’envoler immédiatement pour Québec.