La croissance des restaurants passe maintenant par l’épicerie. Commercialiser en supermarché les produits les plus populaires inscrits à leur menu semble maintenant un incontournable pour les établissements qui veulent prendre de l’expansion.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On n’est plus dans la restauration, on est dans l’alimentation », souligne Jean Bédard, président du Groupe Sportscene, qui possède les restos-bars La Cage Brasserie sportive. À l’instar de Joe Beef, de La Cage et de St-Hubert, L’Gros luxe, qui compte neuf succursales, souhaite ainsi élargir sa clientèle.

La chaîne de restaurants L’Gros luxe fera bientôt une incursion dans les supermarchés. Des pots de mayonnaise, de moutarde et de sauce barbecue arborant l’étiquette de la maison prendront place sur les étagères des épiceries.

« [Être au supermarché], c’est du bon marketing, soutient Gérôme Paquette, copropriétaire du restaurant L’Gros luxe à Longueuil. C’est comme un panneau publicitaire. » À long terme, le groupe souhaiterait aussi commercialiser ses boulettes végétariennes et son fish and chips. 

De son côté, La Cage, qui vend déjà depuis 1993 ses ailes de poulet et ses côtes levées au rayon des surgelés, tente elle aussi une nouvelle expérience du côté des épices, des vinaigrettes, des sauces et des mayonnaises. Des boulettes pour les burgers se tailleront également une place dans les congélateurs des épiceries. Ces nouveaux produits seront d’abord offerts chez Metro sous peu.

« On a été 25 ans sans développer, souligne M. Bédard, qui ajoute du même souffle que son entreprise travaille actuellement à la commercialisation d’autres produits. On a un plan sur trois ans, on va être pas mal présents. »

C’est une façon de rejoindre les clients qui ne venaient pas chez nous.

Jean Bédard

Et il n’y a pas que les chaînes qui sautent dans la mêlée. Depuis six ans, les sauces, les moutardes et les épices de Joe Beef sont vendues dans les grandes surfaces. Et le chef David McMillan, propriétaire des restaurants Joe Beef et Liverpool House, travaille à l’élaboration d’une vinaigrette aux pommes.

« C’est sûr qu’on avait de la demande, affirme le chef. J’ai résisté longtemps [avant de vendre dans les épiceries]. Mais quelqu’un m’a expliqué que beaucoup de gens n’allaient jamais venir au restaurant. J’aime ça savoir que des gens en Gaspésie ce soir cuisinent un lapin grillé avec les épices Joe Beef. » 

S’ils sont nombreux à vouloir servir leurs clients en dehors des murs de leurs établissements, c’est qu’il s’agit de l’option presque incontournable pour grossir, analyse JoAnne Labrecque, professeure de marketing à HEC Montréal.

En restauration, la croissance a quand même ses limites. Pour avoir une expansion, être en épicerie, c’est important. C’est important pour une marque d’être présente le plus possible. La restauration fait le chemin inverse. Elle retourne sur le lieu d’achat.

JoAnne Labrecque

« C’est une bonne business pour nous, ajoute la vice-présidente du marketing du Groupe St-Hubert, Annik Labrosse. Ça vaut la peine de continuer encore longtemps. »

Rappelons que plus de 150 produits de la marque St-Hubert sont actuellement offerts dans les supermarchés.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Plus de 150 produits de la marque St-Hubert sont actuellement offerts dans les supermarchés.

Compétition 

Mais pour faire sa place, il faut jouer du coude. Même s’il vend sous un nom connu, David McMillan admet que la vente au détail n’est pas de tout repos. La compétition sur les tablettes est féroce. « Il y a de très gros coûts [pour être] en épicerie. C’est très dur de concurrencer, d’être à côté de Club House. On compte vraiment sur la notoriété de la marque. » 

Du côté de St-Hubert, leader dans le domaine, on reconnaît l’importance de trimer dur. « J’ai une équipe qui travaille à temps plein pour ça, souligne Annik Labrosse. Il faut toujours qu’on reste en avant de la parade. »

« St-Hubert a été longtemps la seule marque sur les tablettes, rappelle JoAnne Labrecque, de HEC Montréal. Cet univers-là change. On achète un goût. Le choix n’est pas toujours d’aller au restaurant, mais d’avoir l’impression qu’on est au restaurant, ajoute-t-elle. Il y a un marché pour ce type de produits là. »