La plus grande chaîne d’épiceries et de pharmacies du pays a vu les ventes de ses magasins ouverts depuis au moins un an stagner au plus récent trimestre, admettant s’être montrée « trop zélée » dans son recours aux algorithmes utilisant les données des consommateurs, ce qui a nui à ses profits.

Aleksandra Sagan
La Presse canadienne

Loblaw, établie à Brampton, en Ontario, a dévoilé mercredi un bénéfice de 286 millions au deuxième trimestre, essentiellement inchangé par rapport au même trimestre l’an dernier.

Toutefois, les ventes des magasins comparables, un indicateur clé du commerce de détail, n’ont augmenté que de 0,6 % dans ses enseignes d’alimentation, qui comprennent notamment Loblaws, Provigo, Maxi & Cie et l’InterMarché. La croissance des ventes des magasins ouverts depuis au moins un an a ralenti par rapport à la même période l’an dernier, alors que cet indicateur montrait une hausse de 0,8 %.

Au plus récent trimestre, le trafic dans ce segment a diminué, mais la taille du panier des consommateurs a augmenté.

« Nous ne sommes pas satisfaits de cette performance », a observé mercredi la présidente des Compagnies Loblaw, Sarah Davis, lors d’une conférence téléphonique avec les analystes.

La faible croissance des ventes chez les épiciers est survenue alors que la société s’appuyait sur des algorithmes axés sur la rentabilité et l’accroissement des marges — soit la différence entre les revenus et les coûts des produits —, ce qui a réduit l’attention portée sur les promotions pour attirer les clients dans les magasins.

« Nous nous sommes retrouvés avec un moins grand nombre de produits en promotion dans nos circulaires », a-t-elle noté à propos de cette stratégie, ce qui a nui aux ventes.

Loblaw a commencé à utiliser des stratégies soutenues par les données au premier trimestre de 2018, d’abord dans sa division des marchés puis dans d’autres catégories, puisqu’elle a enregistré des résultats positifs avec des améliorations dans ses marges, a-t-elle expliqué. Au troisième trimestre de cet exercice, certains éléments de la technologie étaient également intégrés à la division des rabais de Loblaw.

« Nous savons exactement ce que nous avons fait, et nous nous sommes concentrés sur l’amélioration des marges », a-t-elle affirmé au cours de la conférence téléphonique, alors que des analystes s’interrogeaient sur les faibles performances des ventes comparables.

« Et dans l’excitation de voir des améliorations de marge dans certaines catégories alors que nous commencions à mettre en œuvre certains algorithmes, nous avons été trop zélés. »

Au détriment du « tonnage »

Peter Sklar, analyste des marchés financiers, a souligné que les investisseurs se concentreraient sur la faible croissance des ventes des magasins ouverts depuis au moins un an dans les épiceries de Loblaw et sur le « tonnage » négatif, ou les ventes unitaires, car la société cherchait à améliorer ses marges au détriment du tonnage — contrairement à ses principaux concurrents, Metro et Sobeys.

« Entre-temps, Metro et Sobeys ont gagné du tonnage en se concentrant moins sur les marges », a-t-il noté.

La société sait ce qu’elle peut faire pour améliorer les performances, a-t-elle assuré, et elle a déjà pris des mesures pour remédier à cela sans renier son engagement envers la technologie.

Au cours des dernières années, Loblaw a enrichi son offre technologique en ajoutant des caisses de libre-service et des étiquettes électroniques sur les tablettes de ses magasins, tout en développant ses activités de commerce électronique.

La société a enregistré des coûts de restructuration et des charges connexes de 16 millions au deuxième trimestre, en grande partie liés à son plan pluriannuel visant à améliorer l’efficacité de ses réseaux d’infrastructure afin de réduire la complexité et les coûts de ses activités.

« Une très bonne saison de la toux »

Même si les chaînes d’épicerie de la société ont connu des difficultés, la division de la vente au détail de médicaments de la société a enregistré une croissance de 4 % des ventes des pharmacies comparables au cours du même trimestre. La performance trimestrielle de Shoppers Drug Mart, connue sous l’enseigne Pharmaprix au Québec, était la meilleure en trois ans, ce que l’entreprise a attribué en partie à « une très bonne saison de la toux, du rhume et des allergies », a indiqué Mme Davis.

Le nombre croissant d’établissements Shoppers Drug Mart qui disposent désormais d’une offre améliorée de produits alimentaires — plus de 100 magasins — a contribué à augmenter le trafic et à remplir davantage les paniers des clients, a-t-elle ajouté.

Dans l’ensemble, Loblaw a vu ses revenus grimper à 11,13 milliards pour le trimestre clos le 15 juin, un chiffre d’affaires en hausse de 3 % par rapport à celui de 10,82 milliards de la même période en 2018.

Le bénéfice des activités poursuivies de Loblaw s’est établi à 286 millions, ou 77 cents par action, au plus récent trimestre, en baisse de 7 millions par rapport à celui de 293 millions du deuxième trimestre de l’exercice précédent.

Cependant, le bénéfice net d’ensemble n’a atteint que 50 millions, soit 13 cents par action, au plus récent trimestre, après l’inclusion d’une perte de 243 millions attribuable à son investissement dans Propriétés de Choix, qui a été essaimé en novembre.

Le bénéfice net ajusté des activités poursuivies a atteint 1,01 $ par action, en hausse par rapport à celui de 93 cents par action de l’an dernier. Les activités abandonnées n’ont pas contribué au bénéfice ajusté du deuxième trimestre cette année, mais elles avaient ajouté 13 cents par action à celui de l’an dernier.

Les revenus se sont avérés conformes aux attentes des analystes, qui visaient eux aussi un bénéfice ajusté de 1,01 $ par action et des revenus de 11,15 milliards, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.