Après deux restructurations majeures en moins d'un an, la direction de Bombardier estime que les effets du plan de redressement quinquennal commencent à avoir une incidence positive sur la performance financière de l'entreprise, ce qui ne signifie pas pour autant la fin du régime minceur.

Mis à jour le 10 nov. 2016
Julien Arsenault LA PRESSE CANADIENNE

«Je pense que nous commençons à être dans une meilleure position, a affirmé jeudi le président et chef de la direction, Alain Bellemare, au cours d'un entretien téléphonique en marge du dévoilement des résultats du troisième trimestre. Par contre, je ne suis pas certain que nous sommes là où nous devrions être.»

Sans s'avancer sur les scénarios qui pourraient être envisagés à moyen terme, M. Bellemare a affirmé que le constructeur d'avions et de trains devait continuer à réduire ses coûts de «façon importante» afin de pouvoir réduire son endettement.

L'élimination des 7000 postes annoncée en février dernier a été complétée à environ 80 pour cent et les compressions touchant 7500 autres postes - soit plus de 10 pour cent de l'effectif de la compagnie - d'ici la fin de 2018 s'accélèrent.

Toutefois, ces licenciements devraient en partie être contrebalancés par quelque 3700 embauches dans des programmes comme celui de la C Series, l'avion d'affaires Global 7000 ainsi que dans la division de matériel roulant.

«La notion d'amélioration continue de la productivité doit faire partie de la culture de l'entreprise, a dit M. Bellemare. C'est fondamental.»

Bombardier est demeurée dans le rouge au troisième trimestre en affichant une perte nette de 94 millions $ US, ou quatre cents US par action. Cela est toutefois bien mieux que la perte nette de 4,9 milliards $ US, ou 2,20 $ US par action, enregistrée à la même période l'an dernier lorsque des charges de restructurations de plusieurs milliards de dollars liées la C Series ainsi qu'au programme du Learjet avaient été comptabilisées.

Depuis, l'État québécois a investi 1 milliard $ US pour acquérir une participation de 49,5 pour cent dans le programme de la C Series, marqué par les retards et les dépassements de coûts. Bombardier a livré jusqu'ici trois appareils CS100 à Swiss Air Lines et prévoit livrer un avion CS300 à Air Baltic le mois prochain.

La multinationale québécoise, qui prévoyait livrer 15 avions C Series cette année, a dû abaisser ses prévisions à sept appareils parce que le fabricant du moteur, Pratt & Whitney, connaît des pépins avec sa cadence de production.

M. Bellemare croit malgré tout que Bombardier pourra livrer entre 30 et 35 C Series en 2017 et peut-être même rattraper le retard actuel.

«Je ne peux pas vous dire que c'est réglé (le problème chez Pratt & Whitney), mais ils nous disent être en mesure de répondre à nos demandes pour 2017», a-t-il dit.

D'après le grand patron de Bombardier, ces nouveaux retards ne freineront pas les ventes de la C Series, dont la dernière commande remonte à avril dernier, lorsque le transporteur américain Delta Air Lines s'était engagé à acheter 75 appareils CS100. Même si l'avionneur n'a rien annoncé depuis, M. Bellemare s'est montré «nullement préoccupé» par l'absence de commandes depuis le printemps.

Pour la période de trois mois terminée le 30 septembre, le chiffre d'affaires de la multinationale québécoise s'est établi à 3,73 milliards $ US, en recul d'environ 10 % comparativement au troisième trimestre de 2015.

Abstraction faite des éléments non récurrents, la perte ajustée de Bombardier s'est chiffrée à 10 millions $ US, ou moins d'un cent US par action.

Les analystes sondés par Thomson Reuters tablaient sur une perte ajustée par action de trois cents US ainsi que des revenus de 3,97 milliards $ US.

«Bombardier a livré de solides résultats au troisième trimestre en affichant de meilleures marges, a souligné l'analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans une note. Nous croyons que la confiance des investisseurs devrait s'améliorer.»

Au cours du trimestre, Bombardier a utilisé moins de flux de trésorerie que prévu en plus de constater une augmentation de ses marges dans ses quatre secteurs d'activités.

Pour l'exercice, la société s'attend à ce que son bénéfice d'exploitation ajusté oscille entre 350 millions $ US et 400 millions $ US, soit dans le haut de sa fourchette de prévisions. Les revenus devraient s'établir dans le bas de la fourchette, à 16,5 milliards $ US.