La météo, qui joue au yoyo dans des montagnes russes, donne des maux de tête à tous les transporteurs, et le secteur maritime est particulièrement affecté.

Mis à jour le 25 janv. 2019
MARC TISON LA PRESSE

En fin d'après-midi hier, trois brise-glaces de la Garde côtière canadienne travaillaient toujours à dégager l'embâcle qui s'était formé sur 17 km en aval de Sorel-Tracy, sur le fleuve Saint-Laurent.

« Ce n'est pas une situation très plaisante », reconnaissait Marina Binotto, directrice des affaires publiques et gouvernementales chez Valero, dont deux navires étaient immobilisés depuis mardi au port de Montréal.

Le plus important fabricant et distributeur de produits pétroliers au Québec a dû prendre d'autres mesures pour alimenter ses installations de Lévis.

« Je comprends que les partenaires sont mobilisés pour s'assurer que les navires soient capables de passer, mais c'est très difficile en ce moment », explique Mme Binotto.

« Le manque de brise-glaces nous empêche de faire nos activités normales depuis mardi matin », a confié pour sa part la directrice des affaires corporatives de Rio Tinto, Claudine Gagnon, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

La société reçoit sa matière première pour fabriquer l'aluminium par bateau, et deux navires vides sont immobilisés au port de La Baie alors qu'un troisième, plein celui-là, attend aux Escoumins de pouvoir entrer.

Rio Tinto dispose d'une certaine réserve de stock, mais pas pour une période indéfinie, et doit en plus payer des frais importants pour les bateaux immobilisés.

Un redoux trop court

À l'encontre du sens commun, le redoux, aussi spectaculaire soit-il, a eu peu d'impact sur la formation du problématique embâcle.

« C'est le froid qui nous affecte le plus, informe Jacques Colin, spécialiste des glaces pour la Garde côtière. Un redoux partiel comme celui-là ne changera pas grand-chose parce que la glace n'aura pas le temps de fondre. »

Ce sont d'abord les grands froids qui menacent la circulation maritime sur le Saint-Laurent.

La tempête du week-end dernier a combiné trois éléments qui se rencontrent rarement : un froid intense, une neige abondante et un vent du nord-est, qui s'est engouffré dans l'axe du fleuve.

Bref, une tempête parfaite, version fleuve Saint-Laurent.

« Avec des vents forts du nord-est, ça ralentit la glace qui descend sur le lac Saint-Pierre, ça peut même l'arrêter et la pousser en remontant », souligne Roger Provost, spécialiste des glaces sur le Saint-Laurent.

Les efforts conjugués de trois brise-glaces de la Garde côtière n'avaient pas suffi, en fin de journée hier, à traverser l'obstacle. Ce n'est pas faute d'effort. En usage normal, un brise-glace de la classe Amundsen consomme environ 15 tonnes de mazout par jour. À pleine puissance dans un embâcle, la consommation grimpe à plus de 35 tonnes.

Délais au port de Montréal

Les grands écarts météorologiques affectent également les opérations portuaires. « Il y a des délais, mais des annulations de départs liées à un embâcle, c'est extrêmement rare », indique Daniel Dagenais, vice-président aux opérations à l'Administration portuaire de Montréal.

Au port de Montréal convergent trois moyens de transport diversement touchés par les phénomènes météorologiques, explique-t-il.

Pour les camions qui livrent et chargent des conteneurs, le plus grand mal est la neige,

Le transport ferroviaire est surtout ralenti par les froids extrêmes, qui réduisent notamment l'efficacité des freins.

Les vents, principal ennemi

Pour les activités portuaires, l'ennemi est Éole. Les grands vents d'automne et de printemps peuvent interrompre le travail des grues à portique, « qui tiennent des charges qui varient de 15 à 35 tonnes au bout de câbles d'acier, décrit Daniel Dagenais. Et un conteneur de 40 pieds de long sur 8 pieds et demi de large, c'est essentiellement une grande voile qu'on tient au bout d'un fil. »

De la même façon, les navires, dont la superstructure ou le chargement peut culminer à 40 mètres au-dessus de l'eau, « sont affectés par les très grands vents ».

Le spécialiste des glaces Roger Provost estime que l'embâcle est en cours de résorption.

« On a passé le pire, je pense, mais il faut surveiller l'arrivée d'une tempête pour mardi prochain. Ça va être similaire à ce qu'on a connu dimanche dernier, et qui a tout déclenché sur le lac Saint-Pierre. »

Le coût du travail d'un brise-glace

-Consommation de mazout en usage normal :  15 tonnes par jour

-Coût en carburant : environ 16 000 $

-En travail sur embâcle :  de 35 à 40 tonnes de mazout par jour

-Coût en carburant : de 40 000 $ à 46 000 $