Après avoir annoncé une commande pour 10 appareils de la CSeries hier au Bourget, Bombardier pourrait faire des annonces additionnelles d'ici à la fin du salon aéronautique, vendredi.

Marie Tison, envoyée spéciale LA PRESSE

«Je n'écarte pas cette possibilité», a déclaré le président de Bombardier Avions commerciaux, Gary Scott, dans une entrevue accordée à La Presse Affaires au centre de presse du Salon du Bourget hier, entre deux entrevues télévisées en direct.

«Nous sommes en discussions avancées avec plusieurs autres clients, a-t-il expliqué. C'est la troisième commande en un mois. Il y a un effet domino. Chaque fois qu'on annonce une commande, les autres clients réalisent que les positions sur la liste de production disparaissent. L'urgence d'agir augmente.»

Bombardier a annoncé hier une commande ferme pour 10 avions CS100, des appareils d'environ 110 places, d'une valeur de 616 millions US au prix courant. Le contrat est assorti d'options pour six avions de plus, ce qui porterait la valeur du contrat à 1,01 milliard US.

Le client n'a pas voulu être nommé, mais on sait qu'il s'agit d'un important transporteur.

L'annonce a constitué une certaine surprise au Bourget hier. Bombardier ne se préparait pas à annoncer quoi que ce soit pendant la journée. L'entreprise avait même annulé une conférence de presse qui devait avoir lieu à 9h30.

À midi, il n'était toujours pas question d'annonce: les médias québécois ont assisté à la signature d'une entente entre Exportation et développement Canada et son équivalent britannique, Export Credit Guarantee Department, pour collaborer au financement de clients éventuels de la CSeries. Cette cérémonie avait lieu dans la tente en forme d'igloo qui abrite la nouvelle maquette rutilante de la CSeries, en présence des gens de Bombardier, mais il n'y avait pas d'annonce à l'horizon.

Subitement, une heure plus tard, les relationnistes de Bombardier ont rappelé les médias pour leur faire savoir qu'ils avaient une nouvelle commande pour la CSeries à se mettre sous la dent.

«Le client devait obtenir l'approbation finale à l'interne, a déclaré M. Scott pour expliquer ce revirement. Dès qu'ils l'ont obtenue, nous avons pu faire l'annonce.»

Il a ajouté que le client en question voulait être certain d'obtenir le premier appareil de la CSeries, qui devrait être livré à la fin de 2013.

«Il n'est cependant pas prêt à se faire connaître, c'est pour cela que nous ne pouvons pas le nommer pour l'instant», a indiqué M. Scott.

Pas de client de lancement

Avant cette dernière commande, le carnet de Bombardier comptait 103 commandes pour la CSeries, passées par cinq clients différents. Mais personne n'avait encore choisi le premier appareil. Il n'y avait donc pas de client de lancement.

«C'est important d'avoir des clients pour tous les appareils, mais le premier appareil est particulièrement important», a indiqué M. Scott.

Il a fait valoir que l'exploitant du premier appareil pourra utiliser les attraits de la CSeries dans son plan de marketing.

«Ils auront le meilleur avion, le plus récent, le plus efficace, le plus plaisant pour les passagers, le plus respectueux de l'environnement, a-t-il énuméré. Ce sont des avantages.»

Avant les trois commandes annoncées au cours des dernières semaines, les observateurs commençaient à manifester de l'impatience au sujet de la CSeries. M. Scott a cependant affirmé qu'il ne ressentait pas vraiment de pression.

«Je voulais que les médias aient une opinion favorable de la CSeries, mais à part de ça, j'avais une vision à long terme, a-t-il déclaré. C'est un projet qui s'étendra sur de 25 à 35 ans de production. Mais c'est quand même agréable de faire l'annonce d'une nouvelle commande.»

L'abondance chez Embraer

Alors qu'en matinée, Bombardier risquait la disette, c'était l'abondance chez son concurrent Embraer.

Mine de rien, sans trop insister, l'avionneur brésilien a annoncé 29 commandes fermes pour son biréacteur régional de grande taille E190, une lettre d'intention pour 10 commandes fermes additionnelles, et des options pour 22 appareils de plus.

Il s'agit de commandes passées par Kenya Airlines, le transporteur kazakh Air Astana, le transporteur indonésien Sriwijaya et les sociétés de location GE Capital Aviation Services et Air Lease.

Le président et chef de la direction d'Air Lease, Steven Udvar-Hazy, s'était montré intéressé à la CSeries alors qu'il présidait la firme de location ILFC. Air Lease a passé des commandes auprès d'Embraer, de Boeing et d'Airbus, mais il a boudé la CSeries.

M. Udvar-Hazy a expliqué que les appareils d'Embraer étaient déjà prêts, mais pas la CSeries.

«C'est un design intéressant, nous parlons avec Bombardier, mais c'est pour plus tard», a-t-il déclaré en conférence de presse hier.

Par ailleurs, le moteur de la CSeries a franchi une étape importante hier à Mirabel: Pratt & Whitney l'a soumis à un premier essai en vol.

Le moteur était fixé au fuselage du banc d'essai de Pratt&Whitney, un Boeing 747, par l'entremise d'un pylône réalisé par L-3 MAS, entreprise située à Mirabel.

L'action de Bombardier a reculé de 6 cents, à 6,92$, à la Bourse de Toronto hier.