Les délais entourant la construction d'un nouveau pont entre Windsor et Detroit inquiètent au plus haut point les gens d'affaires au pays.

Mis à jour le 21 mars 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, tentera de remettre ce projet de cinq milliards de dollars en tête de liste des priorités des autorités canadiennes et américaines en prononçant un discours devant des gens d'affaires à Detroit, jeudi.

Cette sortie de M. Beatty vise surtout les autorités de l'État du Michigan, qui tardent à donner le feu vert à la construction de ce nouveau pont transfrontalier, essentiel selon les gens d'affaires deux côtés de la frontière pour mieux assurer la circulation des biens et des personnes entre les deux pays.

L'actuel pont Ambassador, construit il y a 82 ans, est le couloir commercial le plus fréquenté de la planète. L'augmentation des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis au cours des dernières années fait en sorte que les bouchons de circulation se multiplient. Le nouveau lien serait construit en aval du pont Ambassador.

«Les investissements en matière d'infrastructures transfrontalières sont urgents. Ce projet doit être la priorité, d'autant plus que c'est par là que passent le plus grand nombre de nos échanges commerciaux», a expliqué à La Presse Émilie Potvin, directrice des communications de la Chambre de commerce.

«Il ne faut pas oublier non plus qu'au fur et à mesure que nos économies se remettent de la récession, nos échanges vont augmenter aussi. La circulation entre Windsor et Detroit est déjà au même niveau qu'avant la récession et on s'attend à ce que l'affluence augmente de 130% au cours des 30 prochaines années», a ajouté Mme Potvin.

Selon les statistiques du ministère des Transports, près de 30% de tous les échanges commerciaux canado-américains transitent par le couloir Windsor-Detroit, ce qui représente environ 130 milliards de dollars. Plus de 8000 camions et 68 000 voyageurs l'empruntent chaque jour.

Guérilla judiciaire

Les délais entourant la construction du nouveau pont s'expliquent en bonne partie par la guérilla judiciaire que livre le propriétaire du pont Ambassador, le milliardaire américain Manuel Moroun. Ce dernier affirme que la construction du nouveau pont acculera son entreprise, Detroit International Bridge Co, à la faillite. Il a intenté plusieurs poursuites devant les tribunaux américains, dont une qui vise le gouvernement canadien et l'administration de Barack Obama, dans l'espoir de faire dérailler le projet.

M. Moroun a tenté de dorer la pilule en promettant d'agrandir le pont Ambassador et en faisant miroiter la construction d'un deuxième lien transfrontalier de six à huit voies juste à côté du vieux pont.

Ces batailles judiciaires ont refroidi l'ardeur de certains élus républicains du Sénat du Michigan proches de l'homme d'affaires, et ce, même si le gouvernement du Canada s'est engagé à débourser les 550 millions de dollars nécessaires pour payer les coûts des travaux du côté du Michigan, durement touché par la récession mondiale. Le Canada se ferait rembourser cette somme au fil du temps par les revenus provenant de postes de péage. Mais pour que l'offre du gouvernement canadien soit valable, l'État du Michigan doit adopter la loi autorisant la construction du nouveau pont, ce qui n'a pas encore été fait.

En décembre dernier, le ministre des Transports, Chuck Strahl, a rencontré le nouveau gouverneur de l'État, Rick Snyder, afin de lui faire comprendre la nécessité de procéder dans ce dossier. «L'aménagement d'un couloir commercial sûr et efficace entre Windsor et Detroit est d'une importance capitale pour les économies du Michigan et de l'Ontario ainsi que pour l'ensemble du Canada et des États-Unis», avait dit M. Strahl à l'issue de cette rencontre à Lansing, au Michigan.

M. Snyder avait donné son appui à la réalisation du nouveau pont lors de son premier discours sur l'état de l'État du Michigan en janvier. On attend toujours le projet de loi autorisant la construction du pont.