Bombardier (t.bbd.b) n'a pas le choix. L'avionneur devra répliquer à Gulfstream et lancer à son tour un biréacteur d'affaires plus gros, plus performant, plus luxueux.

Marie Tison
Marie Tison LA PRESSE

Le problème, c'est que la CSeries absorbe la majeure partie de ses ressources en fait de développement de nouveaux appareils.

C'est du moins ce qu'a affirmé Richard Aboulafia, vice-président aux analyses de la firme américaine Teal Group, à l'ouverture du 48e congrès annuel de la Canadian Business Aviation Association (CBAA) hier matin à Montréal.

Risque

«Il y a une part importante du marché qui a tendance à migrer vers le meilleur appareil, le plus performant, le plus cher, a déclaré M. Aboulafia à son auditoire. Ce marché pourra passer de ces superbes produits que sont les appareils Global de Bombardier et le G550 de Gulfstream pour aller vers le G650.»

À l'heure actuelle, à 50 millions US, le Global Express XRS de Bombardier et le G550 de Gulfstream sont les biréacteurs d'affaires les plus performants et les plus luxueux du marché, si on exclut les versions «affaires» de gros avions de ligne comme le Boeing 747. Gulfstream a lancé récemment le G650, un appareil de 60 millions de dollars.

«Le Global de Bombardier court le risque d'être dépassé par le G650, a déclaré M. Aboulafia en entrevue avec La Presse Affaires après sa présentation. C'est un gros danger.»

Il a ajouté que Bombardier devra également prévoir des fonds au cours des cinq à 10 prochaines années pour remettre à jour sa famille Challenger.

La CSeries

«L'avion d'affaires est une industrie qui nécessite constamment le développement de nouveaux produits, a-t-il déclaré. Or, il semble que la CSeries va absorber la majeure partie des ressources que Bombardier alloue au développement.»

Il a soutenu que la CSeries, cette nouvelle famille d'avions de ligne de 110 à 135 places, représentait «un sacré risque» au niveau du prix, du choix du partenaire industriel pour le fuselage (la société chinoise Shenyang Aircraft Corporation) et de l'impact sur le développement de nouveaux biréacteurs d'affaires.

«Je pense parfois que ce projet sera meilleur pour l'industrie que pour Bombardier elle-même, a avancé M. Aboulafia. C'est toujours bon pour l'industrie d'avoir de grandes innovations: cela forcera Airbus et Boeing à faire quelque chose de nouveau, au lieu de continuer à produire des A320 et des 737.»

Bombardier se prépare

La porte-parole de Bombardier Aéronautique, Danielle Boudreau, a indiqué que l'entreprise n'avait pas l'intention de demeurer les bras croisés face à l'arrivée de nouveaux concurrents sur le marché de l'aviation d'affaires.

«Nous sommes une entreprise innovante, nous ne nous contentons pas de ce que nous avons aujourd'hui, a-t-elle déclaré. Même si nous n'avons pas annoncé de projet publiquement, nous avons des plans d'amélioration pour toutes nos familles.»

En entrevue à Orlando en octobre dernier, le président de Bombardier Aéronautique, Guy Hachey, avait indiqué que l'avionneur répliquera aux nouveaux concurrents avec des versions dérivées de ses appareils existants.

Patience

M. Aboulafia a été invité par la CBAA pour faire connaître ses prévisions au sujet du marché mondial de l'aviation d'affaires. Il n'a peut-être pas plu particulièrement à son auditoire en prédisant que le ralentissement durera un bon trois ans.

Il s'attend à ce que les livraisons d'appareils chutent de 40% entre le sommet de 2008 et le plancher de 2011.

«Le patient a eu une crise cardiaque, mais il va aller mieux», a-t-il prédit.