La Caisse de dépôt et placement a investi des centaines de millions de dollars dans les banques canadiennes les plus présentes dans les paradis fiscaux, une question qui préoccupe le député de La Prairie, François Rebello.

Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

Le critique péquiste vient de dresser un portrait financier des banques canadiennes qui ont des filiales dans les paradis fiscaux, notamment les Antilles. Deux d'entre elles y sont particulièrement présentes, soit la Banque CIBC et la Banque Scotia, des institutions dans lesquelles la Caisse a placé beaucoup d'argent.

Pour l'année 2008, estime François Rebello, la valeur comptable des filiales de la CIBC dans les paradis fiscaux s'élevait à 8,8 milliards de dollars, soit l'équivalent de 44% de sa valeur en Bourse. Dans le cas de la Banque Scotia, cette valeur est de 10,6 milliards, soit 31% de sa capitalisation boursière.

«On vit une crise financière en raison d'une éthique d'investissement déficiente. Il est temps qu'on remédie à cette situation, en particulier pour des institutions comme la Caisse», a déclaré François Rebello, qui était président du Groupe Investissement responsable avant de se lancer en politique.

Au 31 décembre 2008, les investissements de la Caisse de dépôt dans la Banque CIBC étaient de 390,5 millions de dollars, selon le rapport annuel de l'institution. Quelque 251 millions de dollars sont investis sous forme d'actions et le reste en obligations. Dans le cas de la Banque Scotia, la Caisse avait un investissement de 92,6 millions au 31 décembre 2008.

«La Caisse de dépôt doit gérer ce risque, dans une période où les paradis fiscaux font l'objet de critiques partout dans le monde. Si elle a une approche responsable, la Caisse devrait faire pression sur ces banques pour qu'elle se retire de ces marchés», dit M. Rebello.

La CIBC a consolidé sa présence dans les paradis fiscaux en devant l'actionnaire majoritaire de la FirstCarribean International Bank, en 2006. Elle a alors acheté la part de 43,7% de FirstCarribean que détenait l'institution anglaise Barclays Bank. Avant la transaction, la CIBC détenait déjà 43,7% de FirstCarribean, principale institution financière dans le marché anglophone des Caraïbes.

Ces derniers mois, les dirigeants des principaux pays du G20 se sont unis contre les paradis fiscaux, contestant le secret bancaire.

Pas de commentaires

Joint au téléphone, le porte-parole de la Caisse de dépôt, Maxime Chagnon, indique que la Caisse ne commente jamais les débats de nature politique. «Nous avons une politique d'investissement responsable. Mais s'il y a lieu, nous n'amenons jamais nos interventions sur la place publique», dit M. Chagnon.

Parmi les grandes banques canadiennes, c'est la Banque TD où la Caisse est la plus présente, avec un investissement de 667 millions. Cette institution financière n'est toutefois pas présente dans les paradis fiscaux, comme c'est le cas de la Banque de Montréal, selon l'analyse de François Rebello.

Depuis trois ans, la présence de la Banque Nationale dans les paradis fiscaux a reculé, passant de 664 millions en 2006 à 403 millions en 2008. Toujours selon M. Rebello, la Banque Royale serait également moins présente, avec des investissements qui sont passés de 3,2 milliards de dollars en 2006 à 2,8 milliards en 2008.