Alors que le taux de chômage a atteint « un seuil historique de 5,5 % » en 2018 et que la rareté de la main-d'oeuvre donne des maux de tête à bien des entrepreneurs, Québec lance une « grande corvée » pour rencontrer les entreprises de chaque région et les aider à recruter plus facilement des travailleurs.

HUGO PILON-LAROSE LA PRESSE

Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a annoncé jeudi qu'il mobilise 200 conseillers et plus d'une centaine de techniciens travaillant dans les bureaux de Services Québec et dans les centres locaux d'emploi pour « cogner à la porte des entreprises et leur présenter des offres de services ».  

« Je ne veux plus entendre ou voir dans l'actualité qu'une entreprise refuse des contrats ou ferme ses portes à cause de la rareté de la main-d'oeuvre. [...] Il n'y aura plus de raisons qu'une entreprise nous dise qu'elle n'est pas capable », promet avec enthousiasme M. Boulet.  

Mais cette annonce a surpris la libérale Monique Sauvé, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'emploi, qui avait un sentiment de déjà-vu.

« On a une stratégie nationale de main-d'oeuvre, [qui a été déposée en 2018]. En prenant des extraits de son communiqué et de son annonce d'aujourd'hui, c'est presque textuellement des mesures qu'on avait annoncées dans notre stratégie, et dont les crédits budgétaires ont été attachés au dernier budget du ministre Leitão », a-t-elle affirmé.

Une rareté de main-d'oeuvre à court et moyen terme 

Au Québec, le défi de la rareté de la main-d'oeuvre n'est pas un phénomène qui diminuera au cours des prochaines années. Selon le rapport « État d'équilibre du marché du travail : diagnostics pour 500 professions », publié jeudi par le ministère du Travail, plus de 1,4 million d'emplois « seront à pourvoir au Québec au cours de la période 2017-2026 ».  

« Cette demande de main-d'oeuvre repose sur deux facteurs principaux : la demande de remplacement générée par les travailleurs qui quitteront le marché du travail, et la demande d'expansion, soit la création nette d'emplois durant cette période », écrit-on dans le rapport, rappelant que le Québec connaît aussi depuis 2014 une décroissance de sa population âgée de 15 à 64 ans.  

Dans ce contexte, « la nouvelle offre de main-d'oeuvre proviendra en grande partie des jeunes actuellement aux études (54 %) et des personnes immigrantes qui s'établiront au Québec au cours des années à venir (22 %).  

"Mais [une baisse du seuil d'immigration au Québec] ne me cause aucune inquiétude, prévient M. Boulet. Nous voulons nous assurer d'une meilleure régionalisation des immigrants, qu'ils rencontrent nos besoins de main-d'oeuvre et que leur nombre respecte notre capacité d'intégration. [De plus], ce sont des seuils qui sont temporaires. »

De passage à Sherbrooke pour rencontrer son homologue Justin Trudeau, le premier ministre du Québec, François Legault, en a profité jeudi pour lui rappeler que son gouvernement souhaite réduire temporairement le nombre d'immigrants qui s'installent au Québec de 20 % dès 2019.  

Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, a indiqué qu'Ottawa était prêt à discuter de ce dossier, mais qu'il fallait surtout prendre en considération les besoins des entreprises en main-d'oeuvre.  

25 professions en déficit 

Selon les données compilées par le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, 25 professions seront en déficit de main-d'oeuvre à court et moyen terme dans l'ensemble de la province. Au sommet de ce palmarès trônent les pharmaciens, dont le déficit est prévu dans toutes les régions du Québec en 2021 à l'exception de Montréal.  

« En pharmacies, la pénurie, c'est surtout en régions qu'on la vit. [...] Plusieurs pharmaciens propriétaires font désormais affaire avec des firmes de remplaçants et certains vont même déjà réduire leurs heures d'ouverture parce qu'ils n'ont pas assez de pharmaciens à leur disposition », explique Thina Nguyen, directrice générale de la Fédération des pharmaciens du Québec.  

Parmi les autres professions qui taillent leur place dans la liste de celles qui présentent un déficit de main-d'oeuvre se trouve également les omnipraticiens, les infirmiers, les techniciens en santé, les mécaniciens, les programmeurs et consultants en informatique, des métiers en génie et bien d'autres.  

Selon le ministère du Travail, « la majeure partie des emplois créés entre 2017 et 2026 au Québec seront ''hautement qualifiés'', c'est-à-dire qu'ils exigeront minimalement un diplôme d'études collégiales ».